Quel équilibre entre règlementation et innovation ?
Ce forum constitue la deuxième édition du Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'intelligence artificielle, qui a enregistré plus de 900 inscriptions, soit trois fois plus que l'année précédente . L'événement se tient à la veille du premier dialogue mondial sur l'IA des Nations Unies, dans le prolongement du Pacte numérique mondial . Un rapport préliminaire du groupe scientifique indépendant sur l'IA souligne que 75 % de la puissance mondiale de calcul consacrée à l'IA se trouve aux États-Unis et 15 % en Chine, laissant une fraction résiduelle aux autres pays .
Amandeep Singh Gill a alerté sur le fait que des milliers de langues et de traditions demeurent absentes des corpus d'entraînement des grands modèles d'IA, qualifiant ce risque de « civilisationnel » . Henri Verdier a illustré cette problématique en montrant que les modèles entraînés principalement en anglais véhiculent des représentations culturelles et juridiques implicites qui ne correspondent pas aux valeurs d'autres sociétés . Lacina Koné a insisté sur la distinction entre digitalisation et transformation numérique centrée sur les citoyens, soulignant que l'Afrique dispose d'atouts considérables, notamment en énergie renouvelable, pour accueillir des infrastructures d'IA souveraines .
Sur la question de la réglementation, les panélistes ont convergé vers l'idée que la réglementation et l'innovation ne s'opposent pas, mais que la confiance constitue le véritable enjeu . Lena Dargham a souligné le manque de participation des pays francophones à l'élaboration des normes internationales, notamment en raison de l'absence de documents normatifs en français . Anne-Marie Jean a présenté la loi québécoise nº109 visant à garantir la découvrabilité des contenus culturels francophones sur les plateformes numériques . Janis Karklins a rappelé que l'approche multi-acteurs demeure le fondement d'une gouvernance efficace de l'Internet et doit s'étendre à l'IA .
En conclusion, les participants ont appelé à construire des infrastructures communes, des bases de données ouvertes et des modèles multilingues, afin que la gouvernance de l'IA soit véritablement inclusive et légitime à l'échelle mondiale .
Objectif général de la discussion
- Ce forum constitue la deuxième édition du Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'intelligence artificielle, organisé à Genève. Son objectif principal est de rassembler des acteurs issus de tous les continents francophones - États, parlementaires, régulateurs, universitaires, société civile et secteur privé - pour construire des positions communes sur la gouvernance de l'IA, en défendant la diversité linguistique et culturelle, et en préparant les contributions francophones aux grands forums internationaux imminents, notamment le premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA, organisé par les Nations Unies.
- --
Points de discussion majeurs
- La concentration massive des capacités en IA et le risque d'exclusion des pays francophones et africains. Le rapport préliminaire d'un groupe scientifique indépendant sur l'IA révèle que 75 % de la puissance mondiale de calcul consacrée à l'IA se trouve aux États-Unis et 15 % en Chine, laissant à l'immense majorité des pays une fraction résiduelle de cette capacité stratégique. Cette concentration est non seulement technologique, mais aussi économique, culturelle, linguistique et géopolitique. En Afrique, seulement 2 % des données contrôlées sur les serveurs d'IA proviennent du continent, contre 80 % en Europe. Cette réalité crée un risque d'exclusion majeur pour les pays du Sud, qui risquent de rater ce que Lacina Koné appelle « le train pour le futur ». - L'équilibre entre réglementation et innovation : la confiance comme condition centrale. Un débat structurant traverse l'ensemble de la table ronde : la réglementation freine-t-elle l'innovation ou en est-elle la condition ? Les intervenants convergent vers l'idée que la véritable question n'est pas d'opposer les deux, mais de construire des cadres réglementaires intelligents, proportionnés et favorables à l'innovation. Henri Verdier illustre ce point avec l'exemple d'Airbus, qui a conquis la moitié du marché mondial de l'aviation en s'appuyant sur des normes de sécurité supérieures. Lena Dargham souligne que la normalisation est « la langue du marché » et la base technique de la réglementation, et que les pays francophones participent insuffisamment à l'élaboration de ces normes internationales, notamment par manque d'accès aux documents normatifs en français.
- La diversité linguistique et culturelle comme enjeu civilisationnel de l'IA. Amandeep Singh Gill avertit que l'IA est en train de devenir « l'infrastructure cognitive de notre siècle » , mais que des milliers de langues et de traditions philosophiques, juridiques et médicales demeurent absentes ou marginales dans les corpus qui façonnent ces systèmes. Le risque est qualifié de « civilisationnel » : celui d'une intelligence qui prendrait une partie de l'humanité pour toute l'humanité. Henri Verdier a approfondi ce point en montrant que les modèles entraînés principalement en anglais véhiculent des représentations implicites profondes et que cela affecte la manière dont l'IA comprend les questions posées. Le Québec répond à ce défi avec la loi 109 sur la découvrabilité des contenus culturels d'expression originale de langue française. - La souveraineté numérique et la transformation en Afrique. Lacina Koné distingue fermement la numérisation, qui consiste à mettre des procédures papier en ligne, de la transformation numérique, qui est centrée sur les citoyens. Il plaide pour une réglementation proactive plutôt que réactive, et pour une souveraineté continentale africaine en matière d'IA dans les cinq ans à venir, notamment via des initiatives permettant de démocratiser l'accès aux centres de calcul. Il souligne également que l'Afrique dispose d'atouts considérables souvent ignorés : 3 000 heures de soleil par an, des matières premières stratégiques comme le coltan, et une énergie renouvelable abondante qui pourrait attirer les infrastructures d'IA. - La gouvernance multipartite comme fondement indispensable de l'Internet et de l'IA. Janis Karklins rappelle que l'approche multi-acteurs a permis à Internet d'évoluer vers un écosystème mondial ouvert, stable et interopérable, car aucun acteur ne détient à lui seul toute l'expertise, l'autorité ou la responsabilité nécessaires. Il insiste sur le fait que les décisions relatives à Internet sont plus solides lorsqu'elles s'appuient sur l'expertise de ceux qui développent, emploient et utilisent ces systèmes. Cette approche est réaffirmée comme fondement de la gouvernance efficace dans le cadre du SMSI+20. Henri Verdier a ajouté que, contrairement à la révolution Internet née dans un monde académique structuré par des logiques de standards ouverts, la révolution IA est née dans des entreprises privées pesant 1 000 milliards de dollars, ce qui constitue un changement de nature profond nécessitant d'imposer le commun à quelque chose qui n'est pas commun à son origine. ---
Ton général de la discussion
- Le ton de la discussion est globalement sérieux, engagé et constructif, avec une forte dimension militante en faveur de la francophonie et du multilatéralisme. L'ouverture, portée par Henri Monceau et les discours inauguraux, est solennelle et volontariste, soulignant l'urgence des enjeux tout en exprimant un optimisme mesuré face au succès croissant du forum.
- Lors de la table ronde, le ton devient plus analytique et parfois alarmiste, notamment lorsque Henri Verdier évoque la menace pesant sur l'ordre multilatéral fondé sur l'état de droit , ou lorsqu'il décrit des entreprises technologiques affichant ouvertement l'ambition de remplacer tous les salariés du monde. Lacina Koné apporte une voix à la fois lucide et combative, refusant le fatalisme et revendiquant pour l'Afrique le statut de « nouveau centre » plutôt que de « Sud global ». Les interventions du public introduisent une note plus critique et parfois pessimiste, notamment avec l'intervention sur les cercles vicieux et auto-destructeurs liés à l'IA , mais aussi des touches d'optimisme pragmatique, comme l'ambassadeur suisse évoquant les collaborations scientifiques européennes et africaines déjà en cours. Dans l'ensemble, le ton reste celui d'une communauté consciente de l'urgence mais déterminée à agir collectivement, fidèle à l'esprit du forum.
Résumé complet - Deuxième Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'intelligence artificielle
#
Contexte et ouverture du forum
La deuxième édition du Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'intelligence artificielle s'est tenue à Genève, alors qu'il attire de plus en plus de participants : plus de 900 inscriptions ont été enregistrées, soit trois fois plus que lors de la première édition, et le nombre de participants en présentiel a doublé . Henri Monceau, qui animait la cérémonie d'ouverture, a souligné que ce succès ne traduit pas seulement un intérêt pour l'intelligence artificielle, mais un besoin plus profond de disposer, dans l'espace francophone, d'un lieu de dialogue, de réflexion et de proposition sur la gouvernance du numérique . L'ambition du forum est de rassembler des acteurs issus de tous les continents, que ce soient des États, des parlementaires, des collectivités locales, des régulateurs, des universitaires, des organismes de normalisation, des autorités de protection des données, des acteurs techniques et la société civile, afin de construire ensemble des positions communes .
Le forum s'est tenu à cette date pour une raison précise : il se tient à la veille du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA organisé par les Nations Unies, créé dans le prolongement du Pacte numérique mondial, et quelques jours seulement après la publication du rapport préliminaire du groupe scientifique indépendant sur l'IA . Ce rapport apporte un constat aussi clair qu'inquiétant : jamais une technologie ne s'est diffusée aussi rapidement, et jamais les capacités qui rendent possible cette diffusion n'ont été aussi concentrées . Concrètement, 75 % de la puissance mondiale de calcul consacrée à l'IA se trouve aux États-Unis et 15 % en Chine, laissant à l'immense majorité des pays une fraction résiduelle de cette capacité stratégique . Cette concentration n'est pas seulement technologique, elle est aussi économique, culturelle, linguistique et géopolitique .
Face à ce constat, Henri Monceau a affirmé que la véritable question n'est plus de savoir si l'IA transformera nos sociétés, car elle le fait déjà, mais de savoir qui participera à cette transformation . C'est précisément là que la francophonie a une responsabilité particulière : elle rassemble des pays de tous les continents, elle porte une tradition de dialogue multilatéral, elle défend depuis toujours la diversité linguistique et culturelle, et elle refuse que l'innovation devienne synonyme d'uniformisation . La journée a été structurée autour de trois grands thèmes : l'équilibre entre innovation et réglementation, les conséquences de l'IA pour la connaissance, les langues et les contenus, et enfin les infrastructures, leur durabilité et la souveraineté numérique .
#
Discours inauguraux : l'UIT, les Nations Unies et la diplomatie francophone
Doreen Bogdan-Martin, Secrétaire générale de l'Union internationale des télécommunications (UIT), a salué le renouvellement du forum et a rappelé que l'UIT co-organise, avec l'UNESCO et les Nations Unies, le premier Dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA, qui doit se tenir trois jours après le forum . Elle a également mentionné le Sommet mondial AI for Good, également organisé par l'UIT, ainsi que le Forum du Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), qui permettra de débattre de l'IA dans le contexte du développement . Elle a insisté sur le rôle de l'UIT dans le renforcement des capacités, l'instauration de normes et d'outils techniques, ainsi que dans l'initiative « AI for Good », qui vise à mettre les outils de l'IA au service du bien social en reliant le secteur privé, les organes des Nations Unies, les ONG, les administrations publiques, les startups et les chercheurs . Elle a conclu en affirmant que c'est ensemble que les acteurs cités construiront un avenir numérique plus inclusif et bénéfique pour tous .
Amandeep Singh Gill, envoyé du Secrétaire général des Nations Unies pour les technologies, a transmis son message depuis Rome . Son intervention a posé les fondations philosophiques de toute la journée en qualifiant l'IA d'« infrastructure cognitive de notre siècle » . Il a alerté sur le fait que l'essentiel des grands modèles est entraîné avec seulement une fraction de l'expérience humaine, et que des milliers de langues ainsi que des traditions juridiques, philosophiques, médicales et poétiques entières demeurent absentes ou marginales dans les corpus qui façonnent ces systèmes . Le risque, a-t-il averti, n'est pas seulement technique : il est civilisationnel. Une intelligence créée de cette manière considérerait qu'une partie de la population humaine représente l'ensemble de la population . Il a salué l'engagement constant de la francophonie en faveur de la diversité linguistique et culturelle dans l'espace numérique, et a souligné que ses membres ont compris avant beaucoup d'autres que la langue est une infrastructure . Il a lancé un défi à la francophonie : être exemplaire, faire de l'espace francophone un laboratoire vivant avec des corpus ouverts, des données partagées, des modèles multilingues et des talents formés sur les cinq continents, afin de montrer que la diversité n'est pas un obstacle à l'innovation, mais son accélérateur .
Omar Zniber, président du groupe des ambassadeurs francophones à Genève et représentant permanent du Maroc, a rappelé que le forum se tient dans une semaine remplie d'événements internationaux à Genève, avec notamment le Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA et le SMSI . Il a rappelé que le numérique et l'IA redéfinissent profondément les économies, les administrations, les systèmes éducatifs et les services de santé, et que l'IA représente une opportunité historique pour accélérer la réalisation des objectifs de développement durable . Il a également souligné les défis majeurs que représentent la protection des données personnelles, la réduction de la fracture numérique, et les questions d'éthique et de souveraineté numérique . Il a mentionné que lorsqu'il était président du Conseil des droits de l'homme, il avait organisé une journée de débats sur l'IA et la dimension humaine, témoignant d'un engagement de longue date sur ces questions. Il a également indiqué que le groupe francophone avait organisé le 15 juin dernier à Genève un débat sur le rôle de l'IA en matière de désarmement et de contrôle des armements, portant à la fois sur les aspects de défense et de sécurité et sur les aspects humanitaires. Il s'est engagé à ce que le groupe des ambassadeurs francophones à Genève traduise les conclusions du forum dans tous les débats à venir au sein de la Genève internationale .
Janis Karklins, responsable de l'engagement auprès des gouvernements et des organisations internationales au sein de l'ICANN, ancien directeur général adjoint de l'UNESCO en charge de l'information et de la communication, et ancien ambassadeur de son pays auprès des Nations Unies à Genève, a rappelé que l'approche multipartite de la gouvernance de l'Internet a largement contribué à faire de celui-ci un écosystème mondial ouvert, stable, sûr, résilient et interopérable au service de milliards de personnes . La raison de ce succès est simple : aucun acteur ne détient à lui seul toute l'expertise, l'autorité ou la responsabilité nécessaires à la gouvernance de l'Internet . Il a insisté sur le fait que l'examen du SMSI+20 a réaffirmé le modèle multipartite comme fondement d'une gouvernance efficace de l'Internet , et que des forums comme celui-ci offrent un espace indispensable pour cette collaboration . Il a conclu en affirmant que l'approche multipartite n'est pas seulement un mécanisme de gouvernance, mais la principale raison du succès de l'Internet et le socle le plus solide sur lequel construire son avenir .
#
Table ronde : réglementation et innovation, la confiance comme pivot central
La première table ronde, animée par Henri Monceau, a réuni Henri Verdier (président de la Fondation INRIA), Lena Dargham (secrétaire générale du Réseau Normalisation et Francophonie), Lacina Koné (directeur général de Smart Africa) et Anne-Marie Jean (déléguée du Québec aux affaires francophones et multilatérales). Le débat s'est ouvert sur la question suivante : la réglementation est-elle l'adversaire de l'innovation ou en est-elle désormais la condition ?
Henri Verdier a d'emblée refusé la dichotomie en illustrant son propos par l'exemple d'Airbus : il y a soixante ans, Boeing était pratiquement l'unique producteur mondial d'avions, et lorsque l'Europe a voulu entrer sur le marché, elle s'est prévalue de normes de sécurité supérieures à celles des États-Unis, ce qui lui a permis de conquérir la moitié du marché . La réglementation peut donc être une stratégie de conquête et d'innovation. Il a toutefois ajouté une mise en garde fondamentale : l'innovation n'est pas toujours synonyme de progrès, et sans intervention politique, démocratie et décision collective, les technologies du numérique risquent de servir des projets dystopiques plutôt qu'utopiques .
Lena Dargham a centré son intervention sur la notion de confiance comme pivot de l'équilibre entre réglementation et innovation . Elle a souligné que la normalisation est le pilier invisible qui aide les innovations à démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre l'innovateur, l'investisseur, le marché international et les régulateurs . Si un innovateur sénégalais ou libanais propose une solution, celle-ci doit pouvoir prouver sa fiabilité et être connectée au marché international, et c'est précisément le rôle des normes .
Lacina Koné a reformulé le débat en affirmant que le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer les conditions de confiance qui permettent à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens . Il a insisté sur le fait que la gouvernance de l'IA ne commence pas avec l'algorithme, mais avec les infrastructures, les données, les compétences et la confiance . Anne-Marie Jean a illustré la compatibilité entre régulation et innovation par l'exemple du milieu culturel québécois, très réglementé mais jamais empêché d'innover et de rayonner sur les scènes internationales .
#
La souveraineté numérique africaine : atouts méconnus et urgence d'une réglementation proactive
Interrogé sur les priorités de l'Afrique entre réglementation et accès aux infrastructures, Lacina Koné a apporté une réponse nuancée : pour la population, la priorité peut être l'accès, mais pour les gouvernements, la priorité doit être la réglementation . Il a rappelé que l'Afrique n'a jamais participé aux révolutions technologiques et industrielles précédentes, et a seulement subi les décisions d'autres continents . Il a contextualisé cette réalité avec des données démographiques : entre 1980 et 2025, la population africaine est passée de 480 millions à 1,4 milliard d'habitants, un augmentation de près d'un milliard de personnes, sans que le nombre d'écoles ou d'hôpitaux n'ait augmenté en proportion .
Lacina Koné a ensuite opéré une distinction conceptuelle fondamentale entre numérisation et transformation numérique : la numérisation consiste simplement à mettre la paperasse en ligne, tandis que la transformation numérique est centrée sur les citoyens et restructure profondément les services . Il a dénoncé le fait que dans de nombreux pays africains, les citoyens sont devenus les coursiers de l'État, et doivent fournir leurs données à chaque ministère séparément, faute d'une approche centrée sur l'usager .
Sur la question des ressources africaines pour l'IA, Lacina Koné a renversé le récit dominant du « retard africain » en affirmant que l'Afrique n'est pas en retard et n'est pas en course contre quelqu'un . Il a démontré que l'Afrique dispose d'atouts considérables souvent ignorés : 3 000 heures de soleil par an représentant un potentiel énergétique de 1 500 MW, largement supérieur aux besoins des centres de calcul pour l'IA (entre 150 et 250 MW) . Il a également souligné que l'Afrique contrôle seulement 2 % des données sur les serveurs d'IA, contre 80 % pour l'Europe, rendant urgente la mise en place d'une gouvernance souveraine des données africaines . Il a conclu en affirmant que l'Afrique n'est pas le « Sud global » mais le nouveau centre, disposant de l'énergie renouvelable et des matières premières stratégiques nécessaires à l'IA .
#
Les biais linguistiques profonds de l'IA : un changement de nature, pas seulement d'échelle
Henri Verdier a été interrogé sur la nature du changement apporté par l'IA par rapport à la gouvernance du numérique et a affirmé clairement que nous avons changé de nature et non simplement d'échelle . Il a illustré ce point par un exemple littéraire : le mot « solitude » en français connote les grands espaces et la nature, tandis que « soledad » en espagnol renvoie à quelque chose de l'ordre de l'intimité du for intérieur. Si l'on pose une question à une IA sur la solitude, elle représentera des lieux représentant cette solitude. Cependant, si on lui pose une question sur la soledad, elle ira chercher quelque chose de l'ordre de l'intimité . Ce n'est donc pas seulement que l'IA n'a pas accès à tous les savoirs : c'est qu'elle ne comprend pas la même question selon la langue dans laquelle elle a été entraînée .
Henri Verdier a également souligné une tension constitutionnelle profonde : les États-Unis ont choisi de donner des droits constitutionnels aux personnes morales, ce qui signifie qu'une entreprise y bénéficie de la liberté d'expression. Si l'on éduque les modèles d'IA en langue anglaise, on les éduque dans l'idée que la constitution protège les robots, alors qu'en français, la constitution protège les humains . Il a ensuite identifié trois changements majeurs apportés par la révolution IA par rapport à la révolution Internet : l'entrée dans la sphère de l'intime (les adolescents écrivent désormais des lettres d'amour avec l'IA) , la montée en puissance de la question de la dignité humaine au travail, un thème qui a d'ailleurs fait l'objet d'une encyclique du Vatican renvoyant à des textes des années 1880 pour dire des choses essentielles sur l'IA , et surtout le fait que la révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1 000 milliards de dollars. Ce dernier fait se distingue de la création d'Internet, qui est né dans un monde académique fondé sur des standards ouverts et des communs numériques . Pendant quarante ans, on a essayé de protéger le commun ; désormais, il faudra imposer le commun à quelque chose qui ne l'est pas au moment de sa création .
Pour illustrer la dimension géopolitique de cette révolution, Henri Verdier a raconté l'anecdote suivante : lors du salon Vivatech à Paris, le PDG d'Alibaba a reçu une standing ovation après avoir déclaré que ses intelligences artificielles ne visent pas le marché des directions informatiques, mais celui des directions des ressources humaines, avec vocation à remplacer tous les salariés du monde . Il a conclu en affirmant que si l'on veut de bonnes réglementations, il faut entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources, car on ne peut pas réguler sans créer .
#
La normalisation : pilier invisible de la gouvernance et angle mort francophone
Lena Dargham a apporté un éclairage crucial sur un aspect souvent négligé du débat sur la gouvernance : la normalisation technique. Elle a affirmé que la norme est la langue du marché et la base technique de la réglementation, et que les pays qui participent à la rédaction des normes internationales participent à la rédaction des règles du marché mondial . Or, le baromètre international de participation élaboré par l'Association Réseau Normalisation et Francophonie révèle un manque énorme dans la participation des pays francophones en développement à l'élaboration de ces normes . Les causes sont multiples : manque d'expertise au niveau national, mais surtout manque d'accès aux documents normatifs en langue française . Dans les instances de normalisation internationale, le vote se fait selon le principe « un pays, un vote » : si un pays ne participe pas, il cède sa décision à un autre pays anglophone .
Pour remédier à cette situation, l'Association Réseau Normalisation et Francophonie a développé une plateforme de traduction automatique des documents normatifs de l'ISO et de l'IEC en français, mise à disposition de ses membres pour favoriser une participation aux processus de normalisation . Lena Dargham a insisté sur la nécessité d'encourager les entrepreneurs, innovateurs et acteurs du secteur privé francophones à adopter ces normes et à se faire certifier pour accéder aux marchés internationaux .
#
La politique québécoise de découvrabilité : une réponse législative à l'effacement culturel numérique
Anne-Marie Jean a présenté l'expérience québécoise comme un exemple concret de politique publique ambitieuse en faveur de la diversité culturelle numérique. Elle a rappelé que la défense et la protection du français sont dans l'ADN du Québec, îlot francophone dans un continent anglophone . Le constat de départ est préoccupant : les pratiques culturelles se déplacent de plus en plus vers les plateformes numériques, et ce sont les grandes plateformes qui jouent un rôle déterminant sur les contenus auxquels les citoyens auront facilement accès . On observe un recul très préoccupant des pratiques culturelles en français, notamment chez les jeunes .
En réponse, le Québec a adopté la loi nº109, qui vise à protéger et à assurer la découvrabilité des contenus culturels de langue française et l'accès à ces contenus . Cette loi ne porte pas sur la réglementation des contenus eux-mêmes, mais sur les conditions de leur découvrabilité : elle impose des exigences aux plateformes numériques et aux fabricants d'appareils connectés, notamment l'obligation de présenter les plateformes nationales dès la mise en service d'un appareil . L'objectif est de garantir que la transformation numérique ne se fasse pas au prix de l'effacement culturel . Anne-Marie Jean a également établi le lien avec l'IA : il faut s'assurer que les données francophones soient bien structurées dans les systèmes d'IA pour que les contenus puissent être reçus par l'utilisateur . Elle a ainsi présenté l'initiative de l'ABANQ, qui vise, dans le respect des droits d'auteur, à mettre en place une base de données susceptible d'alimenter l'IA en contenus francophones .
Sur le plan institutionnel, Anne-Marie Jean a rappelé qu'une réunion des ministres de la Culture de la francophonie s'est tenue à Québec en mai 2025, et que c'est dans ce cadre que la secrétaire générale de l'OIF a tenu une conversation francophone le 9 juin dernier lors de laquelle elle a annoncé la nomination prochaine d'un envoyé spécial sur la découvrabilité des contenus culturels francophones, chargé de mobiliser les États francophones pour mettre en place les infrastructures nécessaires à la souveraineté culturelle . Le Québec et la Côte d'Ivoire ont également développé conjointement un référentiel sur les conditions législatives, réglementaires et de soutien nécessaires pour favoriser la découvrabilité des contenus, mis à disposition de tous les États francophones . Anne-Marie Jean a également précisé que la loi nº109 fera partie de ce corpus législatif . Les ministres de la Culture de la francophonie se réuniront de nouveau en juillet à Erevan pour constater les progrès accomplis .
Anne-Marie Jean a par ailleurs souligné que la Convention UNESCO de 2005 sur la valorisation des expressions culturelles s'est arrêtée juste avant l'arrivée d'Internet, et qu'il est donc important d'y ajouter un protocole additionnel pour couvrir le volet numérique .
#
Échanges avec la salle : questions de légitimité, de finalité et de spirales systémiques
Les interventions du public ont enrichi la discussion en évoquant plusieurs problématiques. Un intervenant a mis en avant les cercles vicieux induits par l'IA : pour créer plus d'IA, on procède à davantage d'extraction minière, ce qui crée des conflits, qui appellent plus d'IA, et ainsi de suite . Il a également alerté sur le risque d'une déviation croissante des modèles de décision par rapport au monde réel, conduisant les décideurs à se tromper de plus en plus .
Le directeur des systèmes d'information de l'OIF a posé des questions fondamentales sur la légitimité de la régulation : qui réglemente ? Pour qui et pour quelle finalité ? Il a cité l'exemple du RGPD européen, copié sans réflexion par des États africains, pour illustrer le risque d'une régulation importée sans appropriation réelle . Il a plaidé pour que la régulation du numérique transcende les intérêts particuliers pour servir le bien commun .
L'ambassadeur de Suisse auprès de l'UNESCO et de la francophonie a apporté une note d'optimisme en soulignant que des scientifiques européens contribuent déjà au développement de technologies clés, et que des collaborations concrètes existent, notamment entre des institutions comme l'ETH de Zurich et des chercheurs de Data Science Africa au Kenya . Il a également mentionné qu'avec la Finlande, ils ont créé un réseau dénommé International Computation and AI Network (ICAIN) pour renforcer les capacités de calcul au service de l'IA . Il a posé la question du rôle que pourrait jouer le centre de ressources pour la gouvernance du numérique de l'OIF - une initiative lancée par la Suisse au sommet de Djerba - dans le domaine de la régulation, et de la possibilité de créer des bacs à sable réglementaires dans le monde francophone .
Henri Monceau a ensuite rappelé que la francophonie a été l'une des premières à se mobiliser au niveau gouvernemental et ministériel sur ces questions, dès 1993 au Québec. Il a également mentionné le partenariat avec le laboratoire Alive basé à Dakar qui développe une IA permettant aux États d'interroger les textes réglementaires et normatifs, et qu'un atelier sur les modèles de langage natifs est prévu les 6 et 7 octobre à Alexandrie, à l'Université Senghor .
Le nouveau spécialiste de programme en découvrabilité à l'OIF a posé une question directe à Anne-Marie Jean sur la manière dont la loi nª109 pourrait être inspirante pour les États francophones et sur les prérequis pour initier des stratégies de découvrabilité. Fort de cinq ans d'expérience au Sénégal sur un projet de dématérialisation des procédures administratives, il a également soulevé le problème concret de la signature électronique sans valeur juridique dans certains États, illustrant les obstacles pratiques à la transformation numérique réelle .
Un étudiant de l'université Senghor en Égypte a rebondi sur la distinction entre transformation et numérisation pour demander où mettre le curseur en Afrique, et quel devrait être le rôle des universités dans la formation aux enjeux de l'IA . Zakaria Oulad, coprésident de commission à l'AIMF et commissaire à la Commission nationale de protection des données au Maroc, a posé la question du win-win au sein de la francophonie : est-il possible d'atteindre un véritable équilibre bénéfique entre les pays à hauts revenus et ceux à revenus intermédiaires ou bas ?
#
Réponses du panel et indicateurs de succès à cinq ans
En réponse aux questions de la salle, Henri Verdier a abordé la question de la faisabilité de la réglementation dans un contexte géopolitique difficile. Il a évoqué la menace pesant sur l'ordre multilatéral fondé sur l'état de droit, affirmant que plusieurs acteurs très puissants ont décidé de s'en débarrasser . Il en a tiré la conclusion que les bonnes régulations ne seront pas nécessairement appliquées, et qu'il faut donc les imposer avec douceur en construisant des infrastructures, des bases de données ouvertes, des centres de calcul distribués et des politiques industrielles favorisant l'innovation au plus proche des usages . Il a réaffirmé que si l'on veut de bonnes régulations, il faut entrer dans l'innovation, car on ne peut pas réguler sans créer .
Lena Dargham a proposé que l'OIF lance une initiative de recensement des réglementations existantes dans les pays membres et travaille sur une harmonisation potentielle, en s'inspirant de modèles d'harmonisation réussie comme ceux de l'UNICEF dans d'autres secteurs, notamment la sécurité routière et le transport des produits dangereux . Lacina Koné a insisté sur la nécessité de comprendre les enjeux avant de formuler une volonté politique, affirmant que la compréhension des enjeux est plus importante que la volonté politique elle-même . Il a rappelé que la transformation numérique touche à tout et ne peut pas être traitée comme un secteur vertical ajouté à la fin des attributions des ministres . Sur la question du rôle des universités, il a cité l'exemple de la Chine, qui a décidé de supprimer 12 000 diplômes universitaires, pour illustrer la nécessité d'une réforme profonde des formations face à la révolution numérique. Il a également développé le concept de DPI (Digital Public Infrastructure), expliquant qu'il repose sur trois piliers - l'identité numérique unique, les paiements et le partage des données - et que les infrastructure à clés publiques (ICP) en sont le cœur. Il a cité l'exemple du Rwanda, où il n'a pas eu besoin de se rendre dans une administration publique depuis sept ans grâce à la dématérialisation complète des services .
Les panélistes ont formulé des visions complémentaires sur les objectifs à atteindre en cinq ans. Anne-Marie Jean a exprimé l'espoir que la francophonie parle d'une seule voix dans tous les forums internationaux et que tous les États aient amorcé les mesures nécessaires pour leur souveraineté culturelle et numérique, notamment en soutenant l'ajout d'un protocole additionnel à la Convention UNESCO de 2005 sur les expressions culturelles, qui s'est arrêtée juste avant l'arrivée d'Internet . Lacina Koné a fixé comme objectif une souveraineté continentale africaine en matière d'IA, avec des pays africains disposant de leurs propres serveurs et infrastructures permettant de démocratiser l'accès à l'IA. Il a précisé que l'harmonisation des politiques transfrontalières permettrait, par exemple, à un pays comme Djibouti d'avoir accès à des ressources en Afrique du Sud, ou à la Gambie d'avoir accès au Maroc . Lena Dargham a visé un leadership francophone actif dans le développement des normes internationales, avec une présence dans la gouvernance des comités techniques et une meilleure accessibilité aux documents normatifs en français . Henri Verdier a proposé un triptyque : des modèles de fondation comme bien commun multilingue de l'humanité, une diversité d'innovateurs et de solutions d'IA adaptées aux contextes locaux, et une compréhension globale de IA .
#
Signature du mémorandum d'entente entre l'AFNIC et Smart Africa
En marge de la table ronde, Henri Monceau a annoncé la signature d'un mémorandum d'entente entre l'AFNIC (Association française pour le nommage Internet en coopération) et Smart Africa . Pierre Bonis, directeur général de l'AFNIC, a remercié Rodrigue Guiguemde pour son rôle dans la préparation de ce partenariat, et a expliqué que l'objectif est de mettre en commun les réseaux de registres nationaux de noms de domaine en Afrique - notamment le Collège international de l'Afrique, qui regroupe une vingtaine de registres de noms de domaine de premier niveau africains - et les actions de Smart Africa . Le partenariat vise également à renforcer le dialogue entre les acteurs de la communauté technique et les gouvernements africains . Lacina Koné a salué ce partenariat en soulignant qu'il n'y a pas d'intelligence artificielle sans une bonne gouvernance d'Internet, et que les ressources de gouvernance Internet sont précisément celles qu'il faut préserver pour l'Afrique .
#
Conclusion : vers une gouvernance inclusive, multilingue et fondée sur les communs
L'ensemble des interventions du forum a convergé vers une vision partagée : la gouvernance de l'IA ne sera durable que si elle est inclusive et véritablement mondiale, et elle ne sera mondiale que si toutes les voix, toutes les cultures et toutes les langues y trouvent leur place . La francophonie ne prétend pas parler à la place du monde, mais souhaite contribuer à ce que le monde parle davantage ensemble . Les discussions ont mis en évidence six axes de convergence majeurs : la complémentarité entre réglementation et innovation, la confiance comme condition centrale de tout cadre réglementaire efficace, la concentration alarmante du pouvoir technologique de l'IA comme risque civilisationnel, la diversité linguistique et culturelle comme condition de l'universalité de l'IA, la nécessité d'une gouvernance inclusive et multipartite, et l'urgence d'une action proactive pour que les pays francophones ne subissent pas des règles fixées ailleurs.
Des points de convergence inattendus ont également émergé, notamment sur le repositionnement de l'Afrique comme acteur central de l'IA grâce à ses ressources énergétiques et à ses données natives , et sur la nécessité de former des citoyens acteurs plutôt que consommateurs passifs de l'IA . Ces conclusions ont vocation à alimenter directement les échanges du premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l'IA organisé par les Nations Unies, qui s'ouvre quelques jours plus tard à Genève .
Concentration du pouvoir technologique et enjeux géopolitiques de l'IA
Arg. 1Henri Monceau souligne que l'IA se diffuse à une vitesse sans précédent, mais que la puissance de calcul mondiale est massivement concentrée entre les mains de deux pays, laissant la grande majorité des nations avec une fraction résiduelle de cette capacité stratégique. Cette concentration n'est pas seulement technologique, elle est aussi économique, culturelle, linguistique et géopolitique.
Il cite les chiffres du rapport préliminaire du groupe scientifique indépendant sur l'IA, selon lequel 75% de la puissance mondiale de calcul consacrée à l'IA se trouve aux États-Unis et 15% en Chine , ce qui signifie que l'immense majorité des pays se partage une fraction résiduelle de cette capacité stratégique .
on: La concentration du pouvoir technologique de l'IA représente un défi géopolitique, économique et civilisationnel majeur
on: L'Afrique est-elle 'en retard' ou simplement dans une situation différente nécessitant une approche propre ?
Gouvernance mondiale inclusive
Arg. 2Henri Monceau affirme que la gouvernance de l'intelligence artificielle ne sera durable que si elle est inclusive et véritablement mondiale, intégrant toutes les voix, cultures et langues. La francophonie ne prétend pas parler à la place du monde, mais souhaite contribuer à ce que le monde parle davantage ensemble.
Il insiste sur le fait que la gouvernance de l'IA ne sera légitime que si elle est véritablement mondiale et que toutes les voix, toutes les cultures et toutes les langues y trouvent leur place .
on: La gouvernance de l'IA doit être inclusive, multipartite et véritablement mondiale
on: Priorité entre réglementation et accès aux infrastructures pour les pays africains
Responsabilité particulière de la francophonie
Arg. 3Henri Monceau soutient que la francophonie se sent une responsabilité particulière dans la gouvernance mondiale de l'IA, car elle rassemble des pays de tous les continents, porte une tradition de dialogue multilatéral et défend la diversité linguistique et culturelle. Elle refuse que l'innovation devienne synonyme d'uniformisation.
Il explique que la francophonie rassemble des pays de tous les continents, porte une tradition de dialogue multilatéral, défend depuis toujours la diversité linguistique et culturelle, et refuse que l'innovation devienne synonyme d'uniformisation .
on: L'innovation sans régulation ni décision collective mène à des risques dystopiques pour les sociétés
L'IA est en train de devenir l'infrastructure cognitive du siècle, mais elle est entraînée sur une fraction de l'expérience humaine, laissant des milliers de langues et traditions absentes des corpus - Risque civilisationnel
Arg. 1Amandeep Singh Gill avertit que l'IA est en train de devenir l'infrastructure cognitive de notre siècle, mais qu'elle est principalement entraînée sur une fraction de l'expérience humaine. Des milliers de langues et de traditions juridiques, philosophiques, médicales et poétiques demeurent absentes ou marginales dans les corpus qui façonnent ces systèmes, ce qui représente un risque non seulement technique mais civilisationnel.
Il souligne que l'essentiel des grands modèles est entraîné sur une fraction de l'expérience humaine, et que des milliers de langues ainsi que des traditions entières demeurent absentes ou marginales dans les corpus . Il qualifie ce risque de civilisationnel, celui d'une intelligence qui prendrait une partie de l'humanité pour toute l'humanité .
on: L'innovation sans régulation ni décision collective mène à des risques dystopiques pour les sociétés
Une IA véritablement globale ne se mesure pas à sa puissance de calcul, mais à sa capacité d'accueillir la pluralité des manières de dire, de savoir et d'être ; la diversité culturelle est la condition de l'universalité - Diversité comme condition d'universalité
Arg. 2Amandeep Singh Gill argue qu'une IA véritablement globale doit être mesurée non pas à sa puissance de calcul, mais à sa capacité d'accueillir la pluralité des manières de dire, de savoir et d'être. La diversité culturelle n'est pas un supplément d'âme de la gouvernance numérique, elle en est la condition de l'universalité.
Il affirme explicitement que la diversité culturelle n'est pas un supplément d'âme de la gouvernance numérique, mais en est la condition de l'universalité , et salue la francophonie pour son engagement constant en faveur de la diversité linguistique et culturelle dans l'espace numérique .
on: La diversité linguistique et culturelle est une condition de l'universalité de l'IA, non un obstacle
L'espace francophone doit être un laboratoire vivant avec des corpus ouverts, des données partagées, des modèles multilingues et des talents formés sur les cinq continents, montrant que la diversité est un accélérateur d'innovation - Francophonie comme laboratoire de diversité
Arg. 3Amandeep Singh Gill lance un défi à la francophonie : être exemplaire et faire de l'espace francophone un laboratoire vivant de diversité et d'innovation. Il soutient que la diversité n'est pas un obstacle à l'innovation, mais son accélérateur, et que ce que la francophonie réussira pourra être repris et amplifié par d'autres communautés linguistiques.
Il encourage la francophonie à développer des corpus ouverts, des données partagées, des modèles multilingues et des talents formés sur les cinq continents , et affirme que ce que la francophonie réussira, les communautés lusophones, arabophones, swahilophones et d'autres pourront le reprendre et l'amplifier .
Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, mais la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures - Régulation comme levier stratégique
Arg. 1Henri Verdier nuance le débat régulation versus innovation en affirmant qu'une mauvaise régulation peut certes freiner l'innovation, mais que la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation. Il illustre ce propos par l'exemple d'Airbus qui a utilisé des normes de sécurité supérieures pour conquérir la moitié du marché mondial de l'aviation face à Boeing.
Il rappelle qu'il y a 60 ans, Boeing était pratiquement l'unique producteur mondial d'avions, et que l'Europe a pu entrer sur le marché en se prévalant de normes de sécurité supérieures à celles des États-Unis, ce qui lui a permis de prendre la moitié du marché . Il ajoute que la gastronomie française, la plus réglementée du monde, n'en est pas moins excellente .
on: L'innovation sans régulation ni décision collective mène à des risques dystopiques pour les sociétés
on: Rôle de la réglementation : frein ou levier stratégique pour l'innovation
La révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1000 milliards de dollars, contrairement à Internet né dans un monde académique fondé sur des standards ouverts, ce qui exacerbe les logiques de course à la puissance - Privatisation de l'IA
Arg. 2Henri Verdier souligne un changement de nature fondamental : contrairement à la révolution Internet née dans un monde académique fondé sur des standards ouverts et des communs numériques, la révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1000 milliards de dollars. Ce contexte exacerbe les logiques de course à la puissance et de conflits géopolitiques.
Il contraste la révolution Internet, née dans un monde académique structuré par des logiques de standards ouverts et de coopération , avec la révolution IA qui naît dans des entreprises pesant 1000 milliards de dollars, privée à la naissance . Il évoque également le PDG d'Alibaba qui a annoncé vouloir remplacer tous les salariés du monde par des abonnements à 60 euros par mois .
on: La concentration du pouvoir technologique de l'IA représente un défi géopolitique, économique et civilisationnel majeur
on: Nature du changement apporté par l'IA : changement d'échelle ou changement de nature par rapport à la gouvernance du numérique
Les modèles d'IA entraînés principalement en anglais intègrent des représentations implicites profondes qui modifient le sens des questions posées dans d'autres langues, ce qui constitue un changement de nature et non seulement d'échelle - Biais linguistiques profonds de l'IA
Arg. 3Henri Verdier argue que le problème des modèles d'IA entraînés principalement en anglais va au-delà du simple manque d'accès aux connaissances non anglophones. Ces modèles intègrent des représentations implicites profondes qui modifient le sens même des questions posées dans d'autres langues, ce qui constitue un changement de nature et non seulement d'échelle.
Il illustre ce propos par l'exemple littéraire du mot 'solitude' en français, qui connote les grands espaces et la nature, contre 'soledad' en espagnol, qui évoque l'intimité du for intérieur . Il ajoute que les modèles entraînés en anglais intègrent l'idée constitutionnelle américaine selon laquelle les entreprises ont des droits constitutionnels, alors qu'en français, la constitution protège les humains .
on: La diversité linguistique et culturelle est une condition de l'universalité de l'IA, non un obstacle
Il faut viser trois victoires : des modèles de fondation comme bien commun multilingue, une diversité d'innovateurs et de solutions d'IA adaptées aux contextes locaux, et une littératie en IA aussi importante que l'alphabétisation - Triple objectif pour l'IA
Arg. 4Henri Verdier propose un triptyque d'objectifs à atteindre dans les cinq prochaines années : premièrement, que les modèles de fondation soient un bien commun de l'humanité, multilingues et accessibles sans permission ; deuxièmement, qu'il existe une grande diversité d'innovateurs et de solutions d'IA adaptées aux contextes locaux ; troisièmement, que la littératie en IA soit considérée aussi importante que l'alphabétisation.
Il développe ce triptyque en précisant que les modèles de fondation doivent être multilingues et accessibles à tous , qu'il faut des solutions pour l'agriculture tropicale, les systèmes de santé et que la diversité génétique des humains soit prise en compte dans les recherches , et que la littératie en IA doit être considérée aussi importante que l'alphabétisation pour éviter de fabriquer une humanité de consommateurs passifs .
Pour imposer de bonnes régulations, il faut entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources, car on ne peut pas réguler sans créer - Innovation comme condition de la régulation
Arg. 5Henri Verdier soutient que pour imposer de bonnes régulations, il ne suffit pas d'écrire des textes parfaits, car ils ne seront pas nécessairement appliqués dans le contexte géopolitique actuel. Il faut donc entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources, car on ne peut pas réguler sans créer.
Il observe que l'ordre multilatéral fondé sur l'état de droit est menacé par des acteurs puissants qui ont décidé de s'en débarrasser , et que dans ce contexte, il faut imposer avec douceur les régulations souhaitées en construisant des infrastructures, des bases de données ouvertes, des centres de calcul distribués et des politiques industrielles favorisant l'innovation au plus proche des usages .
on: Qui doit réguler, pour qui et pour quelle finalité
La protection des données personnelles, la réduction de la fracture numérique et les questions d'éthique et de souveraineté numérique sont au cœur des préoccupations de tous les États francophones - Défis majeurs de la souveraineté numérique
Arg. 1Omar Zniber reconnaît que les avancées du numérique et de l'IA s'accompagnent de défis majeurs pour tous les États. La protection des données personnelles, la réduction de la fracture numérique, ainsi que les questions d'éthique et de souveraineté numérique sont plus que jamais au cœur des préoccupations.
Il mentionne que le groupe francophone a organisé le 15 juin dernier à Genève un débat important sur le rôle de l'intelligence artificielle en matière de désarmement et de contrôle des armements, portant non seulement sur les aspects de défense et de sécurité, mais aussi sur les aspects humanitaires . Il rappelle également avoir organisé une journée de débats sur ce sujet lorsqu'il était président du Conseil des droits de l'homme .
Le groupe des ambassadeurs francophones à Genève s'engage à traduire les conclusions du forum dans tous les débats à venir au sein de la Genève internationale - Relais diplomatique francophone
Arg. 2Omar Zniber s'engage, en tant que président du groupe des ambassadeurs francophones à Genève, à assurer que les conclusions et recommandations du forum soient traduites dans tous les débats à venir au sein de la Genève internationale et plus largement. Il souligne l'importance de la souveraineté numérique liée à l'appropriation et au contrôle des données comme élément central pour guider la gouvernance mondiale de l'IA.
Il affirme que le cadre francophone offre un espace idoine pour discuter des questions fondamentales, notamment celle de la souveraineté numérique liée à l'appropriation et au contrôle des données , et s'engage à ce que les conclusions du forum soient traduites lors de tous les débats à venir dans la Genève internationale .
on: La gouvernance de l'IA doit être inclusive, multipartite et véritablement mondiale
La gouvernance de l'IA ne sera durable que si elle est inclusive et véritablement mondiale, intégrant toutes les voix, cultures et langues - Gouvernance mondiale inclusive
Arg. 1Doreen Bogdan-Martin souligne que l'UIT co-organise le premier dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA et mène des activités de renforcement de capacités, de développement de normes et d'outils techniques au service du bien social. Elle insiste sur la nécessité de construire ensemble un avenir numérique plus inclusif et bénéfique pour tous.
Elle précise que l'UIT co-organise le premier dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA avec l'UNESCO et les Nations Unies , et que l'UIT gère des activités de renforcement de capacités, développe des outils, des normes et des publications techniques dans le cadre de son mandat . Elle conclut en affirmant que c'est ensemble qu'ils vont construire un avenir numérique plus inclusif et bénéfique pour tous .
on: La gouvernance de l'IA doit être inclusive, multipartite et véritablement mondiale
L'UIT co-organise le premier dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA et mène des activités de renforcement de capacités, de développement de normes et d'outils techniques au service du bien social - Rôle de l'UIT dans la gouvernance de l'IA
Arg. 2Doreen Bogdan-Martin présente le rôle central de l'UIT dans la gouvernance mondiale de l'IA, notamment à travers la co-organisation du premier dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA et ses activités de renforcement de capacités. Elle met en avant l'initiative AI for Good comme outil clé pour proposer des solutions d'IA au service du bien social.
Elle indique que l'UIT est fière de co-organiser le premier dialogue mondial des Nations Unies sur la gouvernance de l'IA avec l'UNESCO et les Nations Unies , et que l'initiative AI for Good permet de proposer des outils d'intelligence artificielle en reliant le secteur privé, des partenariats, des systèmes des Nations Unies, des ONG, des administrations publiques, des startups et des chercheurs .
L'approche multi-acteurs de la gouvernance d'Internet a permis son évolution vers un écosystème mondial ouvert et stable, et cette approche demeure essentielle pour les défis du numérique - Modèle multipartite éprouvé
Arg. 1Janis Karklins défend l'approche multi-acteurs de la gouvernance d'Internet, qui a largement contribué à faire d'Internet ce qu'il est aujourd'hui : un écosystème mondial ouvert, stable, sûr, résilient et interopérable. Il souligne que cette approche demeure essentielle face aux défis numériques croissants.
Il rappelle que depuis le Sommet mondial sur la société de l'information il y a 20 ans, l'approche multi-acteurs a permis à Internet d'évoluer vers un écosystème mondial ouvert, stable, sûr, résilient et interopérable au service de milliards de personnes . Il précise qu'aucun acteur ne détient à lui seul toute l'expertise, l'autorité ou la responsabilité nécessaire à la gouvernance d'Internet .
on: La gouvernance de l'IA doit être inclusive, multipartite et véritablement mondiale
on: Nature du changement apporté par l'IA : changement d'échelle ou changement de nature par rapport à la gouvernance du numérique
Les politiques publiques relatives à Internet doivent s'appuyer sur la compréhension des réalités techniques et tirer parti des mécanismes de coopération qui ont fait leurs preuves pour éviter des conséquences involontaires - Ancrage technique de la gouvernance
Arg. 2Janis Karklins soutient que les politiques publiques relatives à Internet doivent s'appuyer sur la compréhension des réalités techniques et tirer parti des mécanismes de coopération et des processus qui ont fait leurs preuves. Cela est nécessaire pour éviter toutes conséquences involontaires sur l'infrastructure fondamentale d'Internet.
Il affirme que les politiques publiques relatives à Internet devraient s'appuyer sur la compréhension des réalités techniques et tirer parti des mécanismes de coopération et de processus qui ont fait leur preuve afin d'éviter toutes conséquences involontaires sur l'infrastructure fondamentale d'Internet . Il cite l'exemple de l'acceptation universelle et des noms de domaines internationalisés comme bénéfices concrets de cette coopération .
Le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens - Confiance comme condition de l'innovation
Arg. 1Lacina Koné soutient que le débat ne doit pas se résumer à un choix entre réglementation et innovation, mais qu'il faut créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens. Il insiste sur le fait qu'aucune transformation technologique durable ne s'est développée sans confiance.
Il affirme que l'histoire du numérique enseigne une leçon très claire : aucune transformation technologique durable ne s'est développée sans confiance, et que l'intelligence artificielle ne fera pas exception . Il précise que la priorité n'est pas de produire toujours plus de règles, mais de construire des cadres réglementaires intelligents, proportionnés et favorables à l'innovation .
on: La confiance comme condition centrale de l'équilibre entre régulation et innovation
on: Rôle de la réglementation : frein ou levier stratégique pour l'innovation
L'Afrique ne contrôle que 2% des données sur les serveurs d'IA, tandis que l'Europe en contrôle 80%, rendant urgente la mise en place d'une gouvernance des données africaines - Souveraineté des données africaines
Arg. 2Lacina Koné souligne le déséquilibre flagrant dans le contrôle des données sur les serveurs d'IA : l'Afrique ne contrôle que 2% des données, tandis que l'Europe en contrôle 80%. Il appelle à une gouvernance proactive des données africaines pour que les pays africains puissent préparer leur avenir numérique.
Il cite le chiffre de 2% de données contrôlées sur les serveurs d'IA à partir de l'Afrique, contre 80% pour l'Europe , et affirme que c'est le bon moment pour les États africains de préparer l'avenir en mettant en place une gouvernance de ces données .
on: La concentration du pouvoir technologique de l'IA représente un défi géopolitique, économique et civilisationnel majeur
La priorité pour les gouvernements africains doit être une réglementation proactive centrée sur les citoyens et non réactive aux technologies, afin de transformer réellement les services publics plutôt que de simplement les digitaliser - Transformation vs digitalisation
Arg. 3Lacina Koné distingue la transformation de la digitalisation, en soulignant que la réglementation dans les pays africains a trop souvent été centrée sur les technologies plutôt que sur les citoyens. Il appelle à une réglementation proactive qui place les citoyens au centre, permettant une véritable transformation des services publics.
Il illustre cette confusion entre digitalisation et transformation en notant que les ministères ont simplement amené le paperasse en ligne sans transformer les services , et que les citoyens sont devenus les coursiers de l'État, devant fournir leurs données à chaque ministère séparément . Il cite l'exemple du Rwanda où tout est accessible sur le téléphone portable depuis 7 ans .
on: Qui doit réguler, pour qui et pour quelle finalité
L'Afrique dispose d'atouts considérables pour l'IA, notamment 3000 heures de soleil par an représentant un potentiel énergétique supérieur aux besoins des centres de calcul, ce qui devrait attirer les détenteurs de technologies - Potentiel énergétique africain pour l'IA
Arg. 4Lacina Koné conteste l'idée que l'Afrique manque de moyens pour développer l'IA, en soulignant son potentiel énergétique considérable. Avec 3000 heures de soleil par an, l'Afrique dispose d'une capacité énergétique largement supérieure aux besoins des centres de calcul pour l'IA, ce qui devrait attirer les détenteurs de technologies.
Il précise que l'Afrique produit 3000 heures de soleil par an, et que la capacité d'énergie demandée par l'intelligence artificielle tourne entre 150 MW et 250 MW, alors que les 3000 heures représentent 1500 MW pouvant alimenter 3000 à 4000 serveurs d'IA . Il note que les États-Unis sont en déficit d'énergie à 1500 MW, tandis que la Chine détient 3860 MW .
on: L'Afrique est-elle 'en retard' ou simplement dans une situation différente nécessitant une approche propre ?
Smart Africa travaille sur une loi des ambassades de puissance de calcul (Compute Embassy Law) pour démocratiser l'accès à l'IA et permettre une souveraineté continentale africaine en matière d'IA dans les cinq prochaines années - Souveraineté continentale africaine
Arg. 5Lacina Koné présente l'objectif de Smart Africa d'atteindre une souveraineté continentale africaine en matière d'IA dans les cinq prochaines années. Smart Africa travaille sur une Compute Embassy Law pour démocratiser l'accès à l'IA et permettre aux pays africains de disposer de leurs propres serveurs et infrastructures d'IA.
Il décrit le concept de Compute Embassy Law, qui vise à démocratiser l'accès à l'IA en permettant à des acteurs au-delà des opérateurs de téléphonie d'installer des serveurs d'IA souverains dans les pays africains . Il mentionne également l'harmonisation des politiques transfrontalières permettant à un pays comme Djibouti d'avoir accès aux ressources en Afrique du Sud, ou à la Gambie d'avoir accès au Maroc .
La normalisation est le pilier invisible qui aide les innovations à démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre innovateurs, investisseurs et régulateurs - Rôle central de la normalisation
Arg. 1Lena Dargham souligne que la normalisation est le pilier invisible qui permet aux innovations de démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre innovateurs, investisseurs, marchés internationaux et régulateurs. Elle insiste sur le fait que la confiance est primordiale dans l'équilibre entre réglementation et innovation.
Elle illustre ce propos en affirmant que si un innovateur sénégalais ou libanais propose une solution, cette solution doit être bien connectée au marché international et prouver sa confiance au niveau de l'utilisateur . Elle précise que la norme est la langue du marché et la base technique de la réglementation, et que les pays qui participent à la rédaction de ces normes participent à la rédaction des règles du marché .
on: La confiance comme condition centrale de l'équilibre entre régulation et innovation
on: Rôle de la réglementation : frein ou levier stratégique pour l'innovation
Les pays francophones en développement participent insuffisamment à l'élaboration des normes internationales, notamment par manque d'accès aux documents normatifs en français, ce qui les prive d'influence sur les règles du marché mondial - Sous-représentation francophone dans la normalisation
Arg. 2Lena Dargham révèle qu'il existe un manque énorme dans la participation des pays francophones en développement à l'élaboration des normes internationales. Ce manque est dû principalement à l'absence d'accès aux documents normatifs en langue française, ce qui prive ces pays d'influence sur les règles du marché mondial.
Elle cite le baromètre international de participation élaboré par son réseau, qui révèle un manque énorme dans la participation des pays francophones en développement à l'élaboration des normes internationales . Elle précise que beaucoup de pays africains ne sont pas bilingues et que leurs experts nationaux ne peuvent pas participer aux votes, cédant ainsi la décision à des pays anglophones . Elle mentionne également l'initiative de développement d'une plateforme de traduction automatique des documents normatifs .
Dans cinq ans, un leadership francophone actif dans le développement des normes internationales, avec une présence dans la gouvernance des comités techniques et une accessibilité accrue aux documents normatifs en français - Leadership normatif francophone
Arg. 3Lena Dargham définit deux indicateurs de succès pour les cinq prochaines années : un leadership francophone actif dans le développement des normes internationales avec des responsabilités dans la gouvernance des comités techniques, et une meilleure accessibilité aux documents normatifs en français pour encourager les entrepreneurs et innovateurs à se certifier.
Elle précise qu'il faut non seulement rédiger les normes mais aussi prendre des responsabilités au niveau de la gouvernance des comités techniques internationaux , et que le deuxième indicateur est l'accessibilité aux documents normatifs et l'approbation des normes au niveau national pour permettre aux entrepreneurs d'accéder au marché international .
Il faut harmoniser les réglementations nationales et régionales au sein de la francophonie, en recensant les réglementations existantes dans les pays membres pour éviter le copier-coller aléatoire - Harmonisation réglementaire francophone
Arg. 4Lena Dargham propose que l'OIF lance une initiative de recensement des réglementations existantes dans les pays membres et travaille sur une harmonisation potentielle des réglementations au sein de la francophonie. Elle souligne l'importance de déterminer à quel niveau l'harmonisation est nécessaire : national, régional ou international.
Elle cite l'exemple de l'UNICEF qui travaille sur la sécurité routière et le transport des produits dangereux avec des réglementations harmonisées au niveau de plusieurs pays du monde, évitant ainsi le copier-coller aléatoire . Elle propose que l'OIF recense les réglementations existantes dans les pays membres et travaille sur une harmonisation potentielle .
Le milieu culturel québécois, très réglementé, n'a jamais été empêché d'innover et de rayonner internationalement, prouvant que la régulation et l'innovation sont compatibles - Compatibilité régulation-innovation
Arg. 1Anne-Marie Jean utilise l'exemple du milieu culturel québécois pour démontrer que la régulation et l'innovation sont compatibles. Malgré un environnement très réglementé avec des lois sur les droits d'auteur, des associations et des syndicats, le milieu culturel québécois n'a jamais été empêché d'innover et de rayonner sur les scènes internationales.
Elle souligne que le milieu de la culture au Québec est extrêmement réglementé, avec des lois pour protéger les droits d'auteur et les droits de suite, des associations et des syndicats , mais que cela n'a jamais empêché le milieu culturel québécois d'innover et d'être très présent sur toutes les scènes internationales .
on: La confiance comme condition centrale de l'équilibre entre régulation et innovation
on: Rôle de la réglementation : frein ou levier stratégique pour l'innovation
Le Québec a adopté la loi 109 pour garantir la découvrabilité des contenus culturels d'expression originale de langue française sur les plateformes numériques et les appareils connectés - Politique de découvrabilité culturelle
Arg. 2Anne-Marie Jean présente la loi 109 adoptée par l'Assemblée nationale du Québec en décembre 2025, qui vise à garantir la découvrabilité des contenus culturels d'expression originale de langue française sur les plateformes numériques et les appareils connectés. Cette loi impose des exigences aux plateformes numériques et aux fabricants d'appareils connectés pour qu'ils réinjectent du financement et présentent les plateformes nationales.
Elle explique que la loi 109 ne porte pas sur la réglementation des contenus mais sur les conditions de leur découvrabilité , et qu'elle impose des exigences aux plateformes numériques et aux fabricants d'appareils connectés . Elle précise que l'objectif est de garantir que la transformation numérique ne se fasse pas au prix de l'effacement culturel , et que les données francophones doivent être bien structurées dans l'IA .
on: La diversité linguistique et culturelle est une condition de l'universalité de l'IA, non un obstacle
La francophonie doit être présente d'une seule voix dans tous les forums internationaux, notamment pour soutenir l'ajout d'un protocole additionnel à la Convention UNESCO de 2005 sur les expressions culturelles - Unité francophone dans les instances internationales
Arg. 3Anne-Marie Jean appelle à une convergence forte de la francophonie dans les forums internationaux, notamment pour soutenir l'ajout d'un protocole additionnel à la Convention UNESCO de 2005 sur les expressions culturelles, qui ne couvre pas encore le volet numérique. Elle souligne l'importance de la nomination d'un envoyé spécial sur la découvrabilité des contenus culturels francophones.
Elle précise que la Convention de 2005 sur la valorisation des expressions culturelles ne touche pas au volet numérique, s'étant arrêtée juste avant l'arrivée d'Internet , et qu'il est important que la communauté francophone soutienne l'ajout d'un protocole additionnel . Elle mentionne également la nomination d'un envoyé spécial sur la découvrabilité des contenus culturels francophones, annoncée par la secrétaire générale .
Dans cinq ans, il faudrait que la francophonie parle d'une seule voix dans les forums internationaux et que tous les États aient amorcé les mesures nécessaires pour leur souveraineté culturelle et numérique - Convergence francophone
Arg. 4Anne-Marie Jean exprime l'espoir que dans cinq ans, la francophonie parle d'une seule voix dans tous les forums internationaux et que tous les États aient amorcé les mesures nécessaires pour leur souveraineté culturelle et numérique. Elle cite notamment les travaux en cours à l'UNESCO pour un protocole additionnel à la Convention de 2005.
Elle espère que le vote sur le protocole additionnel à la Convention de 2005 aura été positif et que tous les États auront amorcé ce qu'il faut pour leur souveraineté culturelle et numérique . Elle mentionne également que les ministres de la Culture se rencontreront de nouveau en juillet à Erevan, où il faudra constater des progrès .
Les registres nationaux de noms de domaine sont des briques d'infrastructures souveraines qui concentrent des compétences et des ferments d'autonomie, d'où l'importance du partenariat AFNIC-Smart Africa - Infrastructures DNS souveraines
Arg. 1Pierre Bonis présente le partenariat entre l'AFNIC et Smart Africa comme une initiative visant à mettre en commun les réseaux de registres nationaux sur le continent africain et les actions de Smart Africa. Il souligne que ces registres sont des briques d'infrastructures souveraines qui concentrent des compétences et des ferments d'autonomie.
Il explique que le partenariat vise à mettre en commun les réseaux de registres nationaux, notamment le Collège international de l'Afrique qui regroupe une vingtaine de registres de noms de domaines de premier niveau en Afrique , et que ces registres sont des briques d'infrastructures souveraines concentrant des compétences et des ferments d'autonomie . Il mentionne également l'objectif de renforcer la souveraineté des infrastructures DNS et de prolonger le dialogue entre la communauté technique et les gouvernements .
Il faut trouver qui réglemente, pour qui on réglemente et pour quelle finalité, afin que la régulation serve le bien commun plutôt que des intérêts particuliers - Question de la finalité de la régulation
Arg. 1Un membre de l'auditoire (Oumar Ndiaye, DSI de l'OIF) soulève la question fondamentale de savoir qui réglemente, pour qui et pour quelle finalité, afin que la régulation serve le bien commun plutôt que des intérêts particuliers. Il souligne que souvent, ce sont ceux qui ont des intérêts dans un domaine qui réglementent.
Il donne l'exemple du RGPD, en notant que l'Union Européenne a réglementé une partie, mais que tout le monde copie sans réflexion, comme les États africains qui adoptent les mêmes constitutions que la France sans adaptation . Il cite également l'exemple de la gastronomie française, où les Français ont réglementé pour protéger leur propre gastronomie, soulignant que chacun protège ses biens .
on: Qui doit réguler, pour qui et pour quelle finalité
Graphe de connaissances de la session
Intervenants · Sujets · Arguments · Relations
L'ensemble des panélistes rejette la dichotomie simpliste entre régulation et innovation. Henri Verdier illustre par l'exemple d'Airbus que la régulation peut être un levier stratégique de conquête de marché . Lena Dargham souligne que la normalisation crée un langage commun entre innovateurs et régulateurs . Lacina Koné affirme que l'histoire du numérique enseigne qu'aucune transformation technologique durable ne s'est développée sans confiance . Anne-Marie Jean démontre par l'exemple québécois que le milieu culturel très réglementé n'a jamais été empêché d'innover .
Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, mais la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures - Régulation comme levier stratégique
La normalisation est le pilier invisible qui aide les innovations à démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre innovateurs, investisseurs et régulateurs - Rôle central de la normalisation
Le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens - Confiance comme condition de l'innovation
Le milieu culturel québécois, très réglementé, n'a jamais été empêché d'innover et de rayonner internationalement, prouvant que la régulation et l'innovation sont compatibles - Compatibilité régulation-innovation
Plusieurs intervenants convergent sur la notion de confiance comme pivot central. Lena Dargham affirme que la question de la confiance est primordiale dans la balance entre réglementation et innovation . Lacina Koné insiste sur le fait que la priorité n'est pas de produire toujours plus de règles, mais de construire des cadres réglementaires intelligents, proportionnés et favorables à l'innovation . Henri Verdier et Anne-Marie Jean illustrent comment des environnements réglementaires bien conçus génèrent la confiance nécessaire à l'innovation durable .
La normalisation est le pilier invisible qui aide les innovations à démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre innovateurs, investisseurs et régulateurs - Rôle central de la normalisation
Le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens - Confiance comme condition de l'innovation
Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, mais la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures - Régulation comme levier stratégique
Le milieu culturel québécois, très réglementé, n'a jamais été empêché d'innover et de rayonner internationalement, prouvant que la régulation et l'innovation sont compatibles - Compatibilité régulation-innovation
Henri Monceau ouvre le forum en citant les chiffres du rapport préliminaire du groupe scientifique indépendant sur l'IA : 75% de la puissance mondiale de calcul se trouve aux États-Unis et 15% en Chine . Amandeep Singh Gill qualifie ce déséquilibre de risque civilisationnel . Lacina Koné précise que l'Afrique ne contrôle que 2% des données sur les serveurs d'IA contre 80% pour l'Europe . Henri Verdier souligne que la révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1000 milliards de dollars, exacerbant les logiques géopolitiques .
Concentration du pouvoir technologique et enjeux géopolitiques de l'IA
L'IA est en train de devenir l'infrastructure cognitive du siècle, mais elle est entraînée sur une fraction de l'expérience humaine, laissant des milliers de langues et traditions absentes des corpus - Risque civilisationnel
L'Afrique ne contrôle que 2% des données sur les serveurs d'IA, tandis que l'Europe en contrôle 80%, rendant urgente la mise en place d'une gouvernance des données africaines - Souveraineté des données africaines
La révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1000 milliards de dollars, contrairement à Internet né dans un monde académique fondé sur des standards ouverts, ce qui exacerbe les logiques de course à la puissance - Privatisation de l'IA
Amandeep Singh Gill affirme explicitement que la diversité culturelle n'est pas un supplément d'âme de la gouvernance numérique, mais en est la condition de l'universalité . Henri Verdier illustre par l'exemple littéraire du mot 'solitude' en français versus 'soledad' en espagnol que les modèles entraînés en anglais ne comprennent pas la même question . Anne-Marie Jean présente la loi 109 québécoise comme une réponse concrète à l'effacement culturel numérique . Henri Monceau insiste sur le fait que la gouvernance de l'IA ne sera légitime que si toutes les voix, cultures et langues y trouvent leur place .
Une IA véritablement globale ne se mesure pas à sa puissance de calcul, mais à sa capacité d'accueillir la pluralité des manières de dire, de savoir et d'être ; la diversité culturelle est la condition de l'universalité - Diversité comme condition d'universalité
Les modèles d'IA entraînés principalement en anglais intègrent des représentations implicites profondes qui modifient le sens des questions posées dans d'autres langues, ce qui constitue un changement de nature et non seulement d'échelle - Biais linguistiques profonds de l'IA
Le Québec a adopté la loi 109 pour garantir la découvrabilité des contenus culturels d'expression originale de langue française sur les plateformes numériques et les appareils connectés - Politique de découvrabilité culturelle
Responsabilité particulière de la francophonie
Doreen Bogdan-Martin conclut son intervention en affirmant que c'est ensemble qu'ils vont construire un avenir numérique plus inclusif et bénéfique pour tous . Janis Karklins rappelle que depuis le Sommet mondial sur la société de l'information, l'approche multi-acteurs a permis à Internet d'évoluer vers un écosystème mondial ouvert et stable , et qu'aucun acteur ne détient à lui seul toute l'expertise nécessaire . Omar Zniber s'engage à ce que les conclusions du forum soient traduites dans tous les débats à venir dans la Genève internationale . Henri Monceau insiste sur le fait que la gouvernance de l'IA ne sera durable que si elle est inclusive .
La gouvernance de l'IA ne sera durable que si elle est inclusive et véritablement mondiale, intégrant toutes les voix, cultures et langues - Gouvernance mondiale inclusive
L'approche multi-acteurs de la gouvernance d'Internet a permis son évolution vers un écosystème mondial ouvert et stable, et cette approche demeure essentielle pour les défis du numérique - Modèle multipartite éprouvé
Le groupe des ambassadeurs francophones à Genève s'engage à traduire les conclusions du forum dans tous les débats à venir au sein de la Genève internationale - Relais diplomatique francophone
Gouvernance mondiale inclusive
Henri Verdier avertit que l'innovation peut servir des projets dystopiques et que sans intervention politique, démocratie et décision collective, la société est mal partie . Henri Monceau souligne que la question n'est plus de savoir si l'IA transformera nos sociétés, mais de savoir qui participera à cette transformation . Amandeep Singh Gill qualifie le risque d'une IA entraînée sur une fraction de l'humanité de risque civilisationnel .
Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, mais la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures - Régulation comme levier stratégique
Responsabilité particulière de la francophonie
L'IA est en train de devenir l'infrastructure cognitive du siècle, mais elle est entraînée sur une fraction de l'expérience humaine, laissant des milliers de langues et traditions absentes des corpus - Risque civilisationnel
Henri Verdier et Lacina Koné partagent la conviction qu'on ne peut pas réguler efficacement sans créer et innover. Henri Verdier affirme que si on veut de bonnes régulations, il faut entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources . Lacina Koné distingue la transformation de la digitalisation, soulignant que la réglementation doit être proactive et centrée sur les citoyens plutôt que réactive aux technologies . Les deux intervenants s'accordent sur le fait que la régulation seule, sans capacité d'innovation et de création, est insuffisante. Ces trois intervenants partagent une préoccupation commune pour la sous-représentation des langues et cultures francophones dans les systèmes d'IA et les processus normatifs. Amandeep Singh Gill appelle la francophonie à développer des corpus ouverts, des données partagées et des modèles multilingues . Henri Verdier démontre que les modèles entraînés en anglais intègrent des représentations implicites qui modifient le sens des questions posées dans d'autres langues . Lena Dargham révèle le manque de participation des pays francophones à l'élaboration des normes internationales, notamment par manque d'accès aux documents en français . Lacina Koné, Henri Verdier et Pierre Bonis partagent une vision commune de la souveraineté numérique fondée sur des infrastructures concrètes. Lacina Koné présente la Compute Embassy Law pour démocratiser l'accès à l'IA en Afrique . Henri Verdier plaide pour que les modèles de fondation soient un bien commun de l'humanité, multilingues et accessibles à tous . Pierre Bonis souligne que les registres nationaux de noms de domaine sont des briques d'infrastructures souveraines concentrant des compétences et des ferments d'autonomie . Tous trois convergent sur la nécessité de construire des infrastructures numériques souveraines et distribuées. Omar Zniber, Anne-Marie Jean et Henri Monceau partagent la conviction que la francophonie doit parler d'une seule voix dans les instances internationales pour peser sur la gouvernance mondiale de l'IA. Omar Zniber s'engage à ce que les conclusions du forum soient traduites dans tous les débats à venir dans la Genève internationale . Anne-Marie Jean appelle à ce que la francophonie soit très présente dans tous les forums internationaux et parle d'une seule voix . Henri Monceau affirme que la francophonie souhaite contribuer à ce que le monde parle davantage ensemble . Janis Karklins, Doreen Bogdan-Martin et Omar Zniber partagent une vision commune de la gouvernance numérique fondée sur le multilatéralisme et l'inclusion. Janis Karklins rappelle que l'approche multi-acteurs a permis à Internet d'évoluer vers un écosystème mondial ouvert et stable et que l'examen du SMSI Plus20 a réaffirmé le modèle multipartite comme fondement de la gouvernance . Doreen Bogdan-Martin insiste sur la construction collective d'un avenir numérique plus inclusif . Omar Zniber souligne que la souveraineté numérique liée à l'appropriation et au contrôle des données est centrale pour guider la gouvernance mondiale de l'IA dans le sens souhaité . Henri Verdier, Lacina Koné et Lena Dargham convergent sur la nécessité de construire des capacités concrètes pour que la régulation soit efficace. Henri Verdier affirme qu'il faut construire des infrastructures, des bases de données ouvertes et des centres de calcul distribués pour imposer les régulations souhaitées . Lacina Koné démontre que l'Afrique dispose d'atouts énergétiques considérables pour développer ses propres infrastructures d'IA . Lena Dargham propose que l'OIF recense les réglementations existantes dans les pays membres pour travailler sur une harmonisation potentielle .
Il est surprenant de voir un consensus aussi fort entre des intervenants aux profils très différents - un représentant des Nations Unies, un expert technique français, un dirigeant africain et une représentante québécoise - sur l'idée que la diversité linguistique est un accélérateur d'innovation. Amandeep Singh Gill affirme que la diversité culturelle n'est pas un supplément d'âme mais la condition de l'universalité et encourage la francophonie à montrer que la diversité est un accélérateur d'innovation . Henri Verdier démontre techniquement que les biais linguistiques des modèles d'IA constituent un changement de nature . Lacina Koné et Anne-Marie Jean illustrent concrètement comment leurs contextes respectifs - africain et québécois - peuvent devenir des laboratoires d'innovation diversifiée .
Il est inattendu de voir un consensus aussi large sur la nécessité d'une gouvernance proactive des données entre des intervenants représentant des contextes géographiques et institutionnels très différents. Lacina Koné insiste sur le fait que la réglementation ne doit pas être réactive mais proactive, centrée sur les citoyens . Henri Verdier souligne que pendant 40 ans on a essayé de protéger le commun, mais qu'il faudra désormais imposer le commun à quelque chose qui n'est pas commun à la naissance . Lena Dargham révèle que les pays francophones cèdent leur pouvoir de décision normatif par manque de participation . Anne-Marie Jean présente la loi 109 comme une réponse proactive à l'effacement culturel numérique . Tous convergent sur l'urgence d'agir avant que les règles du jeu ne soient définitivement fixées par d'autres.
Il est surprenant de voir un consensus entre des intervenants d'horizons différents sur le repositionnement de l'Afrique comme acteur central plutôt que périphérique dans l'écosystème de l'IA. Lacina Koné renverse la perspective dominante en affirmant que l'Afrique est le nouveau centre, disposant de ressources énergétiques considérables avec 3000 heures de soleil par an pouvant alimenter 3000 à 4000 serveurs d'IA . Henri Verdier plaide pour une diversité d'innovateurs et de solutions adaptées aux contextes locaux, notamment pour l'agriculture tropicale et les systèmes de santé . Pierre Bonis concrétise cette vision par le partenariat AFNIC-Smart Africa visant à renforcer les infrastructures DNS souveraines africaines . Ce consensus inattendu remet en question le narratif dominant du retard africain.
Un consensus inattendu émerge entre Henri Verdier, Lacina Koné et Amandeep Singh Gill sur la nécessité de former des citoyens acteurs de l'IA plutôt que de simples consommateurs. Henri Verdier affirme qu'il y aura un énorme enjeu de formation massive à un usage raisonné et digne de l'IA, et qu'on ne veut pas fabriquer une humanité de consommateurs passifs . Lacina Koné insiste sur le fait que la transformation numérique doit être centrée sur les citoyens et non sur les technologies . Amandeep Singh Gill encourage la francophonie à former des talents sur les cinq continents . Ce consensus sur l'empowerment citoyen face à l'IA est d'autant plus remarquable qu'il transcende les clivages géographiques et institutionnels.
Le forum révèle un consensus remarquablement fort autour de six grands axes : (1) la complémentarité entre régulation et innovation, illustrée par des exemples concrets allant de la gastronomie française à l'aviation et à la culture québécoise ; (2) la confiance comme condition centrale de tout cadre réglementaire efficace ; (3) la concentration alarmante du pouvoir technologique de l'IA entre quelques acteurs, représentant un risque civilisationnel ; (4) la diversité linguistique et culturelle comme condition de l'universalité de l'IA et non comme obstacle ; (5) la nécessité d'une gouvernance inclusive, multipartite et véritablement mondiale ; et (6) l'urgence d'une action proactive plutôt que réactive pour que les pays francophones, notamment africains, ne subissent pas des règles fixées ailleurs . Des points de convergence inattendus émergent également, notamment sur le repositionnement de l'Afrique comme acteur central de l'IA grâce à ses ressources énergétiques , et sur la nécessité de former des citoyens acteurs plutôt que consommateurs passifs de l'IA .
Henri Monceau pose la question de manière binaire en demandant si la priorité pour l'Afrique est la réglementation ou l'accès aux infrastructures, aux données et aux compétences . Lacina Koné refuse cette dichotomie en affirmant que pour la population, la priorité peut être l'accès, mais que pour les gouvernements, la priorité doit être la réglementation . Il insiste sur le fait que la réglementation ne doit pas être réactive mais proactive, et centrée sur les citoyens plutôt que sur les technologies . Il distingue également la transformation de la simple digitalisation, affirmant que les ministères ont simplement mis le paperasse en ligne sans transformer les services , ce qui constitue une nuance importante par rapport à la vision plus générale de Monceau sur la gouvernance inclusive.
La priorité pour les gouvernements africains doit être une réglementation proactive centrée sur les citoyens et non réactive aux technologies, afin de transformer réellement les services publics plutôt que de simplement les digitaliser - Transformation vs digitalisation
Gouvernance mondiale inclusive
Henri Verdier affirme clairement que nous avons changé de nature et non simplement d'échelle , en soulignant que la révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1000 milliards de dollars, contrairement à Internet né dans un monde académique fondé sur des standards ouverts et des communs numériques . Il estime que pendant 40 ans on a essayé de protéger le commun, mais qu'il faudra désormais imposer le commun à quelque chose qui n'est pas commun à la naissance . En revanche, Janis Karklins défend la continuité de l'approche multipartite éprouvée depuis le Sommet mondial sur la société de l'information , affirmant que cette approche demeure essentielle face aux défis numériques croissants , sans reconnaître explicitement ce changement de nature fondamental.
La révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1000 milliards de dollars, contrairement à Internet né dans un monde académique fondé sur des standards ouverts, ce qui exacerbe les logiques de course à la puissance - Privatisation de l'IA
L'approche multi-acteurs de la gouvernance d'Internet a permis son évolution vers un écosystème mondial ouvert et stable, et cette approche demeure essentielle pour les défis du numérique - Modèle multipartite éprouvé
Henri Monceau présente l'Afrique comme le continent où les bénéfices potentiels de l'IA sont les plus importants mais aussi celui où le risque d'exclusion est le plus élevé , suggérant implicitement un retard à combler. Lacina Koné conteste fermement cette vision en affirmant que l'Afrique n'est pas en retard et n'est pas en course contre quelqu'un , soulignant qu'aucun continent n'a traversé la même croissance démographique explosive . Il va plus loin en affirmant que l'Afrique n'est pas le 'global south' mais le nouveau centre , et que son potentiel énergétique de 3000 heures de soleil par an représente un atout considérable pour l'IA , remettant en question le cadre narratif dominant.
L'Afrique dispose d'atouts considérables pour l'IA, notamment 3000 heures de soleil par an représentant un potentiel énergétique supérieur aux besoins des centres de calcul, ce qui devrait attirer les détenteurs de technologies - Potentiel énergétique africain pour l'IA
Concentration du pouvoir technologique et enjeux géopolitiques de l'IA
Bien que tous s'accordent sur la compatibilité entre régulation et innovation, leurs approches divergent. Henri Verdier adopte une perspective stratégique et géopolitique, illustrant comment la régulation peut être un outil de conquête de marché comme Airbus face à Boeing , et insiste sur le fait que l'innovation ne signifie pas toujours le progrès . Lacina Koné met l'accent sur la confiance et la transformation centrée sur les citoyens plutôt que sur les règles . Lena Dargham se concentre sur la normalisation comme pilier technique invisible , tandis qu'Anne-Marie Jean illustre la compatibilité par l'exemple culturel québécois . Ces approches reflètent des priorités différentes selon les contextes géographiques et sectoriels.
Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, mais la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures - Régulation comme levier stratégique
Le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens - Confiance comme condition de l'innovation
La normalisation est le pilier invisible qui aide les innovations à démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre innovateurs, investisseurs et régulateurs - Rôle central de la normalisation
Le milieu culturel québécois, très réglementé, n'a jamais été empêché d'innover et de rayonner internationalement, prouvant que la régulation et l'innovation sont compatibles - Compatibilité régulation-innovation
Oumar Ndiaye (DSI de l'OIF) soulève la question fondamentale de savoir qui réglemente et pour qui, notant que souvent ce sont ceux qui ont des intérêts qui réglementent , et citant l'exemple du RGPD copié sans réflexion par des États africains . Henri Verdier répond en insistant sur la nécessité d'imposer avec douceur les régulations souhaitées en construisant des infrastructures et des politiques industrielles , reconnaissant que l'ordre multilatéral fondé sur l'état de droit est menacé . Lacina Koné, quant à lui, insiste sur le fait que la réglementation doit être centrée sur les citoyens et non sur les technologies , et que la compréhension des enjeux est plus importante que la volonté politique .
Il faut trouver qui réglemente, pour qui on réglemente et pour quelle finalité, afin que la régulation serve le bien commun plutôt que des intérêts particuliers - Question de la finalité de la régulation
Pour imposer de bonnes régulations, il faut entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources, car on ne peut pas réguler sans créer - Innovation comme condition de la régulation
La priorité pour les gouvernements africains doit être une réglementation proactive centrée sur les citoyens et non réactive aux technologies, afin de transformer réellement les services publics plutôt que de simplement les digitaliser - Transformation vs digitalisation
Dans un forum consacré à la gouvernance inclusive et à la réduction des inégalités numériques, on aurait pu s'attendre à un consensus sur la situation de l'Afrique comme continent en retard nécessitant un rattrapage. Or, Lacina Koné conteste fermement ce cadre narratif en affirmant que l'Afrique n'est pas en retard et n'est pas en course contre quelqu'un , et que le concept de 'global south' ne s'applique pas à l'Afrique qui est le 'nouveau centre' . Il renverse la perspective en montrant que l'Afrique dispose d'atouts uniques comme son potentiel énergétique solaire de 3000 heures par an et ses matières premières stratégiques , ce qui devrait attirer les détenteurs de technologies plutôt que l'inverse. Ce désaccord inattendu remet en question les présupposés du forum sur la position de l'Afrique dans la gouvernance mondiale de l'IA.
Dans un forum centré sur la gouvernance de l'IA et la régulation, la distinction entre transformation et digitalisation introduite par Lacina Koné constitue un désaccord inattendu avec l'approche générale du forum. Koné affirme que la digitalisation consiste simplement à mettre le paperasse en ligne , tandis que la transformation implique une réorientation complète des services autour des citoyens . Il souligne que les citoyens sont devenus les coursiers de l'État, devant fournir leurs données à chaque ministère séparément . Un membre de l'auditoire (Isidore Seyd, spécialiste en découvrabilité à l'OIF) rebondit sur cette distinction en soulignant sa frustration face au fait que la signature électronique n'a aucune valeur juridique dans certains États , illustrant le fossé entre les technologies disponibles et leur intégration réelle dans les services publics. Ce désaccord inattendu révèle une tension entre la vision technocentrique de la gouvernance numérique et une approche centrée sur les usages citoyens.
Dans un forum multilatéral célébrant la coopération internationale, Henri Verdier introduit un désaccord inattendu en affirmant explicitement que l'ordre multilatéral fondé sur l'état de droit est menacé par des acteurs puissants qui ont décidé de s'en débarrasser . Il en tire la conclusion que les bonnes régulations ne seront pas nécessairement appliquées et qu'il faut donc les imposer avec douceur par d'autres moyens . Cette vision contraste avec celle de Janis Karklins qui défend la continuité et l'efficacité du modèle multipartite éprouvé depuis 20 ans , sans reconnaître cette menace sur l'ordre multilatéral. Ce désaccord inattendu sur le contexte géopolitique de la régulation révèle des visions différentes de la résilience des institutions internationales face aux pressions actuelles.
Dans un forum où la volonté politique est généralement présentée comme le facteur clé du changement, Lacina Koné introduit un désaccord inattendu en affirmant que le plus important n'est pas la volonté politique mais la compréhension des enjeux . Il soutient que si les gouvernements comprennent mal les enjeux (par exemple en croyant que la connectivité rurale est l'enjeu principal), leur volonté politique sera mal orientée . Cette position contraste avec celle d'Omar Zniber qui, en tant que diplomate, insiste sur l'importance des engagements politiques et des débats institutionnels , et avec l'approche générale du forum qui mise sur la mobilisation politique des États francophones. Ce désaccord inattendu soulève la question de savoir si le problème est d'abord politique ou cognitif.
Les intervenants du forum partagent un consensus de surface sur les grandes orientations : nécessité d'une gouvernance inclusive de l'IA, importance de la diversité linguistique et culturelle, complémentarité entre régulation et innovation. Cependant, des désaccords substantiels émergent sur les priorités et les mécanismes. Le désaccord le plus profond oppose une vision continuiste de la gouvernance multipartite (Karklins) à une vision rupturiste reconnaissant le changement de nature fondamental apporté par la privatisation de l'IA (Verdier) . Un second désaccord structurant oppose une approche centrée sur les règles et les institutions (Zniber, Jean) à une approche centrée sur les capacités et la compréhension des enjeux (Koné) . La question de la souveraineté numérique africaine révèle également des tensions entre le narratif dominant du 'retard à combler' et la vision alternative de l'Afrique comme 'nouveau centre' disposant d'atouts propres . Enfin, la question de qui réglemente et pour qui (soulevée par l'auditoire ) reste sans réponse consensuelle, révélant une tension fondamentale entre régulation au service d'intérêts particuliers et bien commun mondial.
Tous les intervenants s'accordent sur le fait que la régulation et l'innovation ne sont pas opposées mais complémentaires. Cependant, ils divergent sur les mécanismes prioritaires : Verdier privilégie une approche géopolitique et stratégique par les infrastructures et standards ouverts , Koné insiste sur une réglementation proactive centrée sur les citoyens , Dargham met en avant la normalisation technique comme langage commun , et Jean illustre la compatibilité par l'exemple culturel québécois . Amandeep Singh Gill rejoint cette vision en affirmant que la diversité n'est pas un obstacle à l'innovation mais son accélérateur . L'objectif commun est la confiance, mais les voies pour y parvenir diffèrent selon les contextes.
Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, mais la régulation peut aussi être une stratégie de conquête et d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures - Régulation comme levier stratégique Le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens - Confiance comme condition de l'innovation La normalisation est le pilier invisible qui aide les innovations à démontrer leur fiabilité et leur interopérabilité, créant un langage commun entre innovateurs, investisseurs et régulateurs - Rôle central de la normalisation Le milieu culturel québécois, très réglementé, n'a jamais été empêché d'innover et de rayonner internationalement, prouvant que la régulation et l'innovation sont compatibles - Compatibilité régulation-innovation L'espace francophone doit être un laboratoire vivant avec des corpus ouverts, des données partagées, des modèles multilingues et des talents formés sur les cinq continents, montrant que la diversité est un accélérateur d'innovation - Francophonie comme laboratoire de diversité
Tous s'accordent sur l'urgence de défendre la diversité linguistique et culturelle dans l'espace numérique, mais divergent sur les solutions. Monceau et Gill insistent sur la nécessité d'une gouvernance inclusive intégrant toutes les langues . Verdier va plus loin en montrant que les biais linguistiques des modèles d'IA ne sont pas seulement un problème d'accès aux connaissances mais modifient le sens même des questions posées . Jean propose une réponse législative concrète avec la loi 109 , tandis que Dargham identifie le manque de participation aux normes internationales comme obstacle structurel . Ces approches sont complémentaires mais reflètent des priorités différentes : gouvernance globale, correction des biais techniques, législation nationale, ou participation aux instances de normalisation.
Concentration du pouvoir technologique et enjeux géopolitiques de l'IA L'IA est en train de devenir l'infrastructure cognitive du siècle, mais elle est entraînée sur une fraction de l'expérience humaine, laissant des milliers de langues et traditions absentes des corpus - Risque civilisationnel Les modèles d'IA entraînés principalement en anglais intègrent des représentations implicites profondes qui modifient le sens des questions posées dans d'autres langues, ce qui constitue un changement de nature et non seulement d'échelle - Biais linguistiques profonds de l'IA Le Québec a adopté la loi 109 pour garantir la découvrabilité des contenus culturels d'expression originale de langue française sur les plateformes numériques et les appareils connectés - Politique de découvrabilité culturelle Les pays francophones en développement participent insuffisamment à l'élaboration des normes internationales, notamment par manque d'accès aux documents normatifs en français, ce qui les prive d'influence sur les règles du marché mondial - Sous-représentation francophone dans la normalisation
Tous s'accordent sur l'importance des infrastructures souveraines comme condition de la gouvernance numérique. Koné développe la vision d'une souveraineté continentale africaine via la Compute Embassy Law , Verdier insiste sur la nécessité de construire des infrastructures et des bases de données ouvertes pour imposer les régulations souhaitées , Karklins défend la préservation d'un Internet mondial unique et ouvert grâce à la coopération multi-acteurs , et Bonis présente les registres DNS comme des briques d'infrastructures souveraines . Cependant, leurs visions divergent sur l'échelle (continentale africaine vs mondiale) et sur les acteurs prioritaires (gouvernements africains vs communauté technique internationale).
Smart Africa travaille sur une loi des ambassades de puissance de calcul (Compute Embassy Law) pour démocratiser l'accès à l'IA et permettre une souveraineté continentale africaine en matière d'IA dans les cinq prochaines années - Souveraineté continentale africaine Pour imposer de bonnes régulations, il faut entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources, car on ne peut pas réguler sans créer - Innovation comme condition de la régulation Les politiques publiques relatives à Internet doivent s'appuyer sur la compréhension des réalités techniques et tirer parti des mécanismes de coopération qui ont fait leurs preuves pour éviter des conséquences involontaires - Ancrage technique de la gouvernance Les registres nationaux de noms de domaine sont des briques d'infrastructures souveraines qui concentrent des compétences et des ferments d'autonomie, d'où l'importance du partenariat AFNIC-Smart Africa - Infrastructures DNS souveraines
Les trois intervenants s'accordent sur l'objectif d'une souveraineté numérique renforcée dans les cinq prochaines années, mais leurs indicateurs de succès diffèrent. Jean espère une convergence francophone dans les forums internationaux et des avancées sur la Convention UNESCO de 2005 , Dargham vise un leadership francophone dans la gouvernance des comités techniques de normalisation et une meilleure accessibilité aux documents normatifs en français , tandis que Koné se concentre sur une souveraineté continentale africaine concrète avec des serveurs d'IA locaux et une harmonisation des politiques transfrontalières . Ces visions sont complémentaires mais reflètent des priorités géographiques et sectorielles différentes.
Dans cinq ans, il faudrait que la francophonie parle d'une seule voix dans les forums internationaux et que tous les États aient amorcé les mesures nécessaires pour leur souveraineté culturelle et numérique - Convergence francophone Dans cinq ans, un leadership francophone actif dans le développement des normes internationales, avec une présence dans la gouvernance des comités techniques et une accessibilité accrue aux documents normatifs en français - Leadership normatif francophone Smart Africa travaille sur une loi des ambassades de puissance de calcul (Compute Embassy Law) pour démocratiser l'accès à l'IA et permettre une souveraineté continentale africaine en matière d'IA dans les cinq prochaines années - Souveraineté continentale africaine
- La puissance de calcul mondiale dédiée à l'IA est massivement concentrée : 75% aux États-Unis et 15% en Chine, laissant la grande majorité des pays avec une fraction résiduelle, ce qui crée un déséquilibre structurel technologique, économique, culturel et géopolitique.
- L'IA est en train de devenir l'infrastructure cognitive du siècle, mais elle est entraînée sur une fraction de l'expérience humaine : des milliers de langues et de traditions intellectuelles restent absentes ou marginales dans les corpus d'entraînement, ce qui constitue un risque civilisationnel.
- La révolution IA naît dans des entreprises privées pesant 1 000 milliards de dollars, contrairement à Internet né dans un monde académique fondé sur des standards ouverts, ce qui exacerbe les logiques de course à la puissance et de capture de marché.
- La régulation et l'innovation ne s'opposent pas fondamentalement : une bonne régulation peut être un levier stratégique d'innovation, comme l'a démontré Airbus face à Boeing grâce à des normes de sécurité supérieures.
- Le véritable enjeu n'est pas de choisir entre réglementation et innovation, mais de créer des conditions de confiance permettant à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens.
- La normalisation est le pilier invisible de la gouvernance numérique : elle crée un langage commun entre innovateurs, investisseurs et régulateurs, et les pays qui participent à la rédaction des normes internationales participent à la rédaction des règles du marché mondial.
- Les pays francophones en développement participent insuffisamment à l'élaboration des normes internationales, notamment par manque d'accès aux documents normatifs en français, ce qui les prive d'influence sur les règles du marché mondial.
- Les modèles d'IA entraînés principalement en anglais intègrent des représentations implicites profondes qui modifient le sens même des questions posées dans d'autres langues, constituant un changement de nature et non seulement d'échelle.
- L'Afrique ne contrôle que 2% des données sur les serveurs d'IA, tandis que l'Europe en contrôle 80%, rendant urgente la mise en place d'une gouvernance souveraine des données africaines.
- L'Afrique dispose d'atouts considérables pour l'IA, notamment un potentiel énergétique solaire (3 000 heures de soleil par an) largement supérieur aux besoins des centres de calcul, ainsi que des matières premières stratégiques.
- La distinction entre digitalisation et transformation numérique est fondamentale : la digitalisation consiste à mettre des procédures en ligne, tandis que la transformation numérique est centrée sur les citoyens et restructure profondément les services.
- Le Québec a adopté la loi 109 pour garantir la découvrabilité des contenus culturels d'expression originale de langue française sur les plateformes numériques et les appareils connectés, imposant des exigences aux plateformes et fabricants d'appareils.
- L'approche multi-acteurs de la gouvernance d'Internet a permis son évolution vers un écosystème mondial ouvert, stable et interopérable, et cette approche demeure essentielle pour relever les défis du numérique et de l'IA.
- La gouvernance de l'IA ne sera durable que si elle est inclusive et véritablement mondiale, intégrant toutes les voix, cultures et langues.
- Pour imposer de bonnes régulations, il faut entrer dans l'innovation en matière d'infrastructures, de standards et de ressources : on ne peut pas réguler sans créer.
- La littératie en IA doit être considérée comme aussi importante que l'alphabétisation, afin d'éviter de fabriquer une humanité de consommateurs passifs de solutions technologiques.
- L'AFNIC et Smart Africa ont signé un mémorandum d'entente pour mettre en commun les réseaux de registres nationaux africains et renforcer la souveraineté des infrastructures DNS sur le continent.
“L'intelligence artificielle est en train de devenir l'infrastructure cognitive de notre siècle. Elle traduit, résume, conseille, décide. Mais une question demeure, et elle est fondamentale. Dans quelle langue pense-t-elle et avec quelle mémoire du monde ? Aujourd'hui, l'essentiel des grands modèles est entraîné sur une fraction de l'expérience humaine. Des milliers de langues, des traditions, juridiques, philosophiques, médicales et poétiques entières, demeurent absentes ou marginales dans les corpus qui façonnent ces systèmes. Le risque n'est pas seulement technique, il est civilisationnel.”
“Une mauvaise régulation peut freiner l'innovation, bien sûr, si elle est mal pensée, mal écrite. Mais la vérité, c'est premièrement qu'on a aussi des dizaines d'exemples de régulations qui ont soutenu l'innovation. [...] Ce qui me préoccupe vraiment, c'est que l'innovation, ce n'est pas toujours du progrès, et que l'innovation peut aussi servir des projets dystopiques et que la question pour l'instant c'est est-ce que ces technologies du numérique vont nous permettre de construire une société utopique et pour ça sans intervention politique et sans démocratie et sans décision collective on est mal parti.”
“Le débat n'est pas vraiment de choisir entre réglementation et innovation. Le véritable enjeu est de créer les conditions de confiance qui permettent à l'innovation de prospérer tout en protégeant les citoyens. [...] La gouvernance de l'intelligence artificielle ne commence pas du tout avec l'algorithme. Elle commence avec les infrastructures, les données, les compétences et la confiance.”
“Toutes les révolutions technologiques, industrielles, l'Afrique n'a jamais participé. On a subi. [...] La réglementation ne doit pas être réactive, ça doit être proactif. [...] Ce n'est pas la même chose, la digitalisation et la transformation. Nous avons, au sein de nos gouvernements, les ministères digitalisés. Oui, on est digitalisés. Au fait, c'est le paperasse qu'ils ont amené en ligne. Ce n'est pas transformé parce que ce n'est pas axé sur les citoyens.”
“L'Afrique produit 3000 heures de soleil par an. [...] Les 3000 heures, moyenne capacité d'énergie qui est demandée par l'intelligence artificielle tourne entre 150 MW et 250 MW. Et quand on transforme les 3000 heures, ça devient 1500 MW qu'ils peuvent avoir dans les 3000 à 4000 serveurs de l'IA sur l'Afrique. [...] Il n'y a pas de global south, c'est la Nouvelle-Zélande et l'Australie qui est en sud. L'Afrique c'est le nouveau centre.”
“Je pense que nous avons changé de nature. [...] La révolution Internet, en vrai, elle est née dans un monde académique et très profondément structuré par des logiques de standards ouverts, de communs numériques, de transparence, de coopération, de contribution. [...] La révolution IA, elle naît dans des entreprises qui pèsent 1000 milliards de dollars. Elle naît privée à la naissance. [...] J'étais à Vivatech il y a 15 jours à Paris, le PDG d'Alibaba il a eu une standing ovation parce qu'il a dit ne vous y trompez pas nos intelligences artificielles on ne vise pas le marché des directions informatiques on vise le marché des directions des ressources humaines puisqu'on a vocation à remplacer tous les salariés du monde.”
“Si on veut de bonnes régulations, il faut qu'on entre dans l'innovation, nous-mêmes, nous les régulateurs, mais dans une innovation d'infrastructures, de standards, de ressources, et qu'on se préoccupe de fabriquer les conditions de possibilité d'une IA fondée sur le droit et la raison. [...] L'ordre multilatéral fondé sur l'état de droit est un peu menacé en ce moment, puisque plusieurs personnes très puissantes ont décidé qu'elles pouvaient s'en débarrasser.”
“Dans nos pays en Afrique, on peut voir ça aussi, c'est un désavantage. Non. Mais combien de données est contrôlée sur les serveurs de l'IA à partir de l'Afrique ? Il n'y a que 2%. En Europe, 80%. [...] C'est le bon moment pour nos états de préparer l'avenir en mettant la gouvernance à ces données. Parce que nos données ne pourront pas être manipulées comme les autres continents.”
“La norme, c'est la langue du marché. La norme, c'est la base technique de la réglementation. Donc, les pays qui participent à la rédaction de ces normes participent à la rédaction des règles du marché. [...] Il y a un manque énorme dans la participation des pays francophones, les pays en développement francophones, dans l'élaboration de ces normes internationales. [...] Un pays, un vote. Donc, si moi, en tant que pays, je ne participe pas, je cède la décision à un autre pays anglophone.”
“Qui réglemente ? C'est qui va réglementer ? Et pour qui on réglemente ? Parce qu'on a vu souvent, c'est ceux qui sont intéressés par ceci ou par cela qui réglementent. [...] Dans le numérique, il faudrait transcender, c'est le bien commun dont vous avez parlé, qu'on arrive à le réglementer dans le sens commun de tout le monde.”
Comment garantir que les pays francophones, notamment ceux du Sud, participent activement à l'élaboration des normes internationales sur l'IA et non pas seulement à leur application ?
La participation aux instances de normalisation internationale détermine les règles du marché mondial. Les pays francophones en développement sont largement absents de ces processus, notamment en raison du manque d'accès aux documents normatifs en français, ce qui les conduit à subir des normes élaborées ailleurs.
Comment développer une stratégie de données souveraine pour l'Afrique afin que les données africaines ne soient pas marginalisées dans les corpus d'entraînement des modèles d'IA ?
Seulement 2% des données contrôlées sur les serveurs d'IA proviennent d'Afrique. Sans stratégie de gouvernance des données natives, les pays africains resteront dépendants des infrastructures étrangères et leurs réalités seront absentes des systèmes d'IA.
Comment faire en sorte que les modèles de fondation de l'IA deviennent un bien commun de l'humanité, multilingues et accessibles sans permission ?
Les grands modèles d'IA sont actuellement développés par des entreprises privées pesant des milliers de milliards de dollars, ce qui contraste avec la logique de communs numériques qui avait présidé à l'essor d'Internet. Garantir un accès universel et multilingue à ces modèles est une condition de l'équité mondiale.
Comment assurer la découvrabilité des contenus culturels francophones sur les plateformes numériques et dans les systèmes d'IA, et quels prérequis les États francophones doivent-ils réunir pour initier des stratégies en ce sens ?
Les contenus culturels en français sont de moins en moins visibles, notamment chez les jeunes. La loi québécoise 109 constitue une expérience pionnière, mais sa transposabilité aux autres États francophones reste à explorer, notamment en termes de cadre législatif, réglementaire et de soutien.
Comment accélérer l'harmonisation des réglementations numériques entre les pays membres de la francophonie, en s'appuyant sur des bonnes pratiques existantes ?
Les pays francophones tendent à copier des réglementations étrangères sans adaptation à leurs contextes. Une initiative de recensement et d'harmonisation des réglementations nationales au sein de l'OIF permettrait de construire un cadre cohérent et adapté aux réalités francophones.
Qui doit réglementer l'IA, pour qui et dans quelle finalité, afin d'éviter que la réglementation ne serve principalement les intérêts de ceux qui détiennent déjà la technologie ?
L'histoire montre que ce sont souvent les acteurs les plus puissants qui façonnent les réglementations à leur avantage. Trouver un équilibre permettant de réglementer l'IA comme un bien commun mondial, au bénéfice de tous les citoyens, est un défi fondamental de gouvernance.
Comment les chercheurs et universités européens et africains peuvent-ils s'assurer que leur contribution aux grandes entreprises technologiques génère des retombées équitables pour leurs pays et institutions ?
Des scientifiques européens contribuent au développement de technologies clés (ex. chips Nvidia), mais les bénéfices restent largement captés par les entreprises privées. La question de la réciprocité et du partage des retombées de la recherche publique dans le domaine de l'IA mérite d'être approfondie.
Quel rôle les universités africaines et européennes doivent-elles jouer dans la transformation numérique, et quels curricula de formation faut-il développer pour que l'Afrique reste connectée aux enjeux de l'IA ?
La distinction entre digitalisation et transformation numérique est cruciale. Les universités doivent adapter leurs programmes pour former des acteurs capables de piloter une véritable transformation centrée sur les citoyens, et non une simple numérisation des processus existants.
Comment créer des bacs à sable réglementaires (sandboxes) dans l'espace francophone pour expérimenter des solutions de régulation de l'IA adaptées aux contextes locaux ?
Les sandboxes réglementaires permettent de tester des approches innovantes de gouvernance dans un cadre contrôlé. Leur création dans l'espace francophone pourrait favoriser l'émergence de solutions de régulation adaptées aux réalités des pays membres avant leur généralisation.
Comment accélérer la mise en place d'une valeur juridique reconnue pour la signature électronique dans les États francophones afin de permettre une véritable dématérialisation des procédures administratives ?
Dans plusieurs États francophones, la signature électronique n'a pas encore de valeur juridique, ce qui bloque la transformation numérique des services publics. Avec une population qui va doubler d'ici 2035, l'urgence de résoudre ce blocage réglementaire est considérable.
Est-il possible d'atteindre un véritable équilibre gagnant-gagnant entre les pays francophones à hauts revenus et ceux à revenus intermédiaires ou faibles dans le domaine de l'IA et du numérique ?
Les exemples de coopération cités (Boeing/Airbus) ne concernent pas la majorité des pays francophones. Identifier des mécanismes concrets permettant à tous les États de la francophonie de bénéficier équitablement des avancées de l'IA est une question de justice et de cohésion de l'espace francophone.
Comment développer des modèles de langage natifs dans l'espace francophone, en s'appuyant sur des données et des corpus ouverts représentatifs de la diversité linguistique et culturelle francophone ?
Les grands modèles d'IA sont entraînés sur des corpus majoritairement anglophones, ce qui entraîne des biais culturels et linguistiques profonds. Le développement de modèles de langage natifs francophones, notamment à travers des ateliers comme celui prévu à Alexandrie, est une priorité pour garantir la diversité cognitive des systèmes d'IA.
Comment mettre en place la loi Compute Embassy (ambassades de puissance de calcul) pour démocratiser l'accès à l'infrastructure d'IA en Afrique et permettre une souveraineté continentale en matière d'IA ?
L'accès à la puissance de calcul est actuellement très concentré aux États-Unis et en Chine. Le concept de Compute Embassy Law, développé par Smart Africa, vise à permettre aux pays africains d'héberger des serveurs d'IA souverains et d'harmoniser les politiques transfrontalières d'accès au calcul.
Comment intégrer la dimension des droits humains et de la dignité humaine au travail dans les cadres de gouvernance de l'IA, face à la menace de remplacement massif des travailleurs par des systèmes automatisés ?
Des dirigeants de grandes entreprises technologiques affichent ouvertement l'ambition de remplacer l'ensemble des salariés par des abonnements à l'IA. La gouvernance de l'IA doit intégrer explicitement la protection de la dignité humaine au travail, un enjeu qui commence seulement à entrer dans les débats internationaux.
Comment garantir que la littératie en IA soit considérée comme aussi fondamentale que l'alphabétisation, et quelles politiques massives de formation faut-il mettre en place pour éviter de créer une humanité de consommateurs passifs de l'IA ?
L'autonomie et la dignité des citoyens face à l'IA dépendent de leur capacité à comprendre et à utiliser ces outils de manière éclairée. Sans politiques ambitieuses de formation à grande échelle, le risque est de créer une fracture profonde entre une minorité de concepteurs et une majorité d'utilisateurs passifs.
Comment le centre de ressources pour la gouvernance du numérique et de l'IA de l'OIF peut-il jouer un rôle actif dans l'accompagnement des États francophones en matière de régulation, notamment à travers des outils basés sur l'IA ?
Le centre de ressources de l'OIF, créé à l'initiative de la Suisse, a vocation à soutenir les États membres. Préciser son rôle concret dans la régulation, notamment via des outils d'IA permettant d'interroger les textes réglementaires et normatifs, est une question opérationnelle importante pour maximiser son impact.
Comment s'assurer que les conclusions et recommandations du forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'IA soient effectivement intégrées dans les débats des instances internationales, notamment le dialogue mondial sur l'IA des Nations Unies ?
Le forum se tient à la veille d'événements internationaux majeurs. La question de la traduction concrète de ses recommandations dans les négociations multilatérales est essentielle pour que la voix francophone ait un impact réel sur la gouvernance mondiale de l'IA.
Comment éviter les spirales négatives induites par l'IA, notamment en matière d'extraction minière, de conflits, de pollution environnementale et de dérive des modèles de décision par rapport à la réalité ?
L'IA génère des boucles de rétroaction potentiellement destructrices : pour créer plus d'IA, on extrait plus de ressources, ce qui crée des conflits, qui appellent plus d'IA, etc. Ces spirales systémiques, combinées à une dérive croissante des modèles de décision par rapport au monde réel, constituent un risque civilisationnel qui nécessite une recherche approfondie.
Comment l'OIF pourrait-elle lancer une initiative de recensement et d'harmonisation des réglementations existantes dans les pays membres, en s'inspirant de modèles d'harmonisation réussie comme ceux de l'UNECE dans d'autres secteurs ?
L'absence d'harmonisation réglementaire entre pays francophones conduit à des approches fragmentées et à la copie de réglementations étrangères inadaptées. Une initiative structurée de l'OIF pour recenser et harmoniser les cadres réglementaires nationaux renforcerait la cohérence et le poids de la francophonie dans les négociations internationales.
Comment le protocole additionnel à la Convention de l'UNESCO de 2005 sur la diversité des expressions culturelles peut-il être étendu pour couvrir le volet numérique et l'IA, et comment mobiliser les États francophones en faveur de ce vote ?
La Convention de 2005 s'est arrêtée avant l'avènement d'Internet et ne couvre pas les enjeux numériques actuels. L'ajout d'un protocole additionnel est en discussion à l'UNESCO, et la mobilisation de la francophonie autour de ce vote est cruciale pour ancrer la diversité culturelle dans la gouvernance mondiale de l'IA.